L’état d’être pèlerin

 
Hier j’ai partagé un bout de table de picnic avec un groupe de marcheurs dans la cinquantaine. Un monsieur plus curieux que les autres m’a posé beaucoup de question « Où as tu commencer? » « Où vas tu? » »Pourquoi fais tu le chemin jusqu’au bout? » « Est ce que le chemin t’aide dans ta réflexion ? » Cette question m’a habité toute l’après midi. Est ce que le chemin m’aide? Depuis que je suis partie, je me laisse portée au grès des rencontres, des discussions, des expériences, des lectures de bouquins ou revues empruntés le temps d’une soirée dans les gîtes et à bien y réfléchir oui ça nourri beaucoup ma réflexion. Pas besoin de se concentrer sur mes objectifs et d’y penser jours et nuits pour les atteindre. Je les ai bien en tête, c’est clair mais sur le chemin c’est comme dans la vie: tout vient à point, et parfois pas dans l’ordre que j’aurai imaginé.

Comme je passe ma journée à marcher au grand air et parler avec des gens (quand je ne marche pas seule), j’ai maintenant atteint un nouvel état d’être: l’état pèlerin, ou pèlerine dans mon cas.

L’état pèlerin concerne autant le corps que l’esprit.

  Tout d’abord il y a le corps. Ce corps qui porte un sac et marche en moyenne 20 km par jours. Il est mis à l’épreuve et dans les premiers jours il se met à crier. Tout le monde y passe: c’était le tendon d’Achille dans mon cas, les ampoules ou les épaules pour d’autres. Une fois dépassé les 10 jours de marche le corps s’habitue. J’ai alors réalisé que j’avais perdu la notion du temps: je n’utilise pas ma montre, je ne sais plus quel jour on est. Je mange quand j’ai faim, je fait des pauses quand j’ai mal ou que je suis fatiguée. Et je me couche et me réveille quand mon corps le réclame. Ça semble banal, presque un luxe de vacancière mais c’est en fait une très bonne leçon. En effet, il se trouve que les derniers livres et revues sur lesquels je suis tombée traitaient tous de ce sujet: le langage du corps. Notre corps exprime beaucoup de choses et si nous sommes à l’écoute de ces signes alors il devient plus simple de vivre, d’entrer en contact avec d’autres personnes et même de faire des choix! Mon corps est sage et sur le chemin il y a l’espace et le temps d’apprendre un peu plus son langage. C’est parfois difficile d’accepter de ne pas marcher une journée ou bien de comprendre qu’une douleur n’est pas forcément liée à l’effort physique mais à ce qui me tracasse depuis un jours ou deux. Dans tous les cas c’est une belle leçon, une leçon universelle dans l’univers des pèlerins.

 
Et puis il y a aussi l’esprit et le cœur. J’ai fait cette expérience plus d’une fois depuis le Puy: confier à une personne rencontrée seulement quelques heures auparavant quelque chose que je ne confierait normalement qu’à une personne très proche. C’est une des magies de ce chemin: tout le monde est là pour une raison bien précise, on rencontre des personnes qui habitent à des centaines de kilomètres de notre maison, complètement étrangères à nos cercles familiaux et amicaux et on sait donc que notre confidence restera confidence et n’impactera pas notre vie. Alors il devient plus facile de se livrer. Cela a un effet libérateur et puis la discussion aide souvent à avancer, faire la lumière sur des questions. C’est agréable, ça a un goût de « reviens-y ». Ça fait réaliser qu’il suffit parfois d’échanger quelques mots pour avancer.

Voilà, c’est ça l’état pèlerin: à l’écoute du corps et au ménage du cœur et de l’esprit. Je vous recommande l’expérience, elle est très bonne !

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Une réflexion au sujet de « L’état d’être pèlerin »

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