Deux jours avec Pauline en prévention des addictions

En suivant Pauline dans ses multiples activités et réunions, elle me raconte son projet. Lorsqu’elle est arrivée en 2014, elle ne parlait pas Espagnol et personne ne l’attendait dans le diocèse. Elle a dû donc non seulement apprendre une nouvelle langue, s’adapter aux façons de communiquer et de travailler en Argentine mais également se faire petit à petit sa place au sein d’une Eglise plutôt machiste. Ses forces ? Sa passion pour son projet, sa persévérance dans ses idées et son expérience au parlement européen. Grace à cette expérience professionnelle elle est habituée à travailler et communiquer de façon politique, ce qui constitue un réel atout dans sa mission de coordination des Equipes de Prévention des Addictions : EPA.

 

Les groupes d’écoute

Avec Pauline j’ai assisté à plusieurs groupes d’écoute et de soutien aux proches de jeunes touchés par la toxicomanie. Ce sont essentiellement les mères et femmes  qui s’y rendent. Ces femmes ont un quotidien très dur et ne savent pas toujours comment accompagner

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Un groupe d’écoute et Pauline (à droite)

leurs compagnons ou leurs fils face à l’addiction. Alors dans ces groupes elles prennent conscience qu’elles ne sont pas seules dans cette situation, elles peuvent apprendre des autres et surtout se décharger un peu de leur fardeau émotionnel.  Ecouter et accompagner est tout un art : on ne juge pas, on ne prend pas d’initiative et l’on conseille quand la situation est vraiment grave, où ne pas le faire serait de la non-assistance à personne en danger. Lorsque ces femmes demandent des conseils alors Pauline leur propose des options : inscrire leur fils dans une formation de professionnalisation proposée par le foyer Don Bosco (une communauté salésienne du diocèse de Formosa) ; demander un suivi psychologique pour leur fils et parfois aussi pour elle-même. Mais c’est tout un cheminement pour ces femmes d’atteindre ces étapes et cela prend du temps ! Pauline garde tout de même la motivation et leur propose toujours de les accompagner dans leurs démarches : « La porte est ouverte, tu sais qu’il existe ces options. Donnes-moi rendez-vous et nous irons ensemble. » C’est un travail de longue haleine et de patience avec des femmes dont l’estime d’elles-mêmes souvent très basse les limite dans leurs initiatives.

Une réunion clé

C’est mercredi après-midi, nous allons à l’hôpital du quartier  « Circuito 5 » dans la

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Hôpital du Circuito Cinco

section Psychiatrie. Pauline a rendez-vous avec son amie Vanesa qui est médecin psychiatre et l’équipe de psychologue de l’hôpital. Sur le chemin, Luisa nous rejoint. C’est une des volontaires les plus dynamiques des équipes de prévention. Luisa est institutrice et depuis peu elle a quitté ses groupes de catéchèse pour se consacrer encore plus à la prévention contre la drogue. A l’hôpital nous rencontrons quatre autres professionnels de la santé : psychiatre et  psychologues. Chaque personne arrive l’une après l’autre au cours de la réunion. Au départ l’ambiance est plutôt à perplexe : que veulent cette française et cette institutrice ? C’est que l’hôpital ne dispose pas de beaucoup de moyens. L’équipe est déjà débordée et il n’y a que deux médecins psychiatres dont un à mi-temps. Quand bien même, au fur et à mesure de la réunion l’atmosphère se détend et l’enthousiasme grandit. En effet, Pauline est venue

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Luisa en pleine présentation

chercher des informations et aussi un moyen de faire le lien entre ses groupes d’écoute et l’étape suivante : le soutien psychologique pour les familles touchées par la toxicomanie. Quant aux médecins, ils ne veulent pas se cantonner à traiter des personnes en situation d’addiction : ils veulent faire plus de travail en amont  et s’axer un peu plus dans la prévention.  Alors lorsque l’une des psychologues propose de venir assister à des groupes de parole régulièrement, les objectifs pour la réunion ont été largement atteints. Je suis enthousiasmée par l’engagement et l’efficacité de ces volontaires et professionnels. A la fin de la réunion il est décidé qu’ils travailleront ensemble. Ils ont déjà des plans d’actions concrets et une date pour se rencontrer à nouveau la semaine qui suit. Je ne me souviens pas avoir assisté à une réunion plus productive que celle-ci de toute ma vie !

 

 

EPA, EPA ! Hablemos del tema! Hé EPA ! Nous devons parler du problème !

Jeudi matin le réveil sonne à 6h00 et à 7h00 nous prenons le bus, nous avons rendez-vous à 8h00 à la Manantial, une radio locale. Aujourd’hui est un grand jour : c’est le jour de la En Airepremière émission de radio de prévention des addictions. Une idée que Pauline défend depuis des mois auprès des différentes personnes du réseau de prévention et elle a enfin obtenu le feu vert ! L’idée de cette émission est de non seulement promouvoir les actions déjà existantes sur le terrain mais aussi offrir un espace d’expression au grand public. La drogue est un problème de société et parler de ce thème à la radio locale est un excellent moyen d’encourager les gens à agir pour s’en sortir. Au micro Sergio, un journaliste radio à la voix calme et posée, est accompagné par Norma qui apporte son optimisme et son enthousiasme. Ils introduisent donc la Comission Diocésaine de lutte contre la toxicomanie (Comision Diocesana de Drogadependencia) et les EPA : Equipes de Prévention des Addictions et son émission de radio EPA, EPA ! Hablemos del tema (Hé EPA! Nous devons parler du problème) en interrogeant un prêtre et une volontaire. A la régie Viviana est très motivée par cette nouvelle émission et a déniché  à la dernière minute un super jingle.  A la fin de l’émission les idées fusent : « nous avons besoin d’une page facebook pour que les gens puissent poser facilement leur questions et témoignages ». L’initiative de cette émission est bonne et son développement promet d’être intéressant !

                 Sergio & Norma                                  Pauline & Viviana

Ainsi en l’espace de deux ans Pauline a largement rempli sa mission : elle a mis en place un véritable réseau de soutien et prévention aux addictions sur Formosa. Elle travaille non seulement avec les familles touchées par la drogue, des professionnels de la santé mais elle a également réussi à ouvrir le débat au grand public au niveau de la ville. Et puis la prévention ne serait pas la prévention si elle ne s’adressait pas aux plus jeunes également. Ainsi Pauline a mis en place des ateliers de théâtre pour les enfants tous les dimanches matins. Après ces ateliers ils ont accès à un repas gratuit cuisiné par des bénévoles.  Pour la suite du projet, Pauline a recruté avec grand soin son successeur : Niels. Elle a cherché une personne avec un profil de travailleur social pour plus de performance sur le terrain. Et elle cherchait également un homme afin  de rendre la tâche plus facile à cette personne au niveau du réseau EPA…Asi ès !  Ainsi est la réalité du terrain !

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Atelier théâtre du dimanche matin

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