Deux jours avec Benoît en développement de micro-crédit

Benoît avait effectué un bénévolat de 6 mois en 2010 à Formosa avec Bernadette Caffier, à l’époque c’est elle qui menait le projet de micro-crédit dans la province. Il y a deux ans, il a décidé de prendre sa suite et de développer le réseau. Celui-ci s’appelle « No podemos fracasar » : « Nous ne pouvons pas  échouer », un nom ambitieux dans un pays où l’économie est si fluctuante.  

Comprendre le micro-crédit en une réunion

Ce mardi après-midi, ce sont six femmes du quartier qui viennent se réunir chez Pauline et Benoît, pour la seconde réunion de micro-crédit du mois. Leur groupe s’appelle « Mujeres en marcha »: « Femmes en marche ». Elles s’installent autour de la table, accrochent au mur leur charte, un autre poster avec le mode de fonctionnement  du micro-crédit et, finalement, un immense tableau avec le nom des participantes, les différentes caisses et les indemnités. La réunion suit un ordre très précis : la secrétaire écrit tout dans le cahier de l’équipe, la trésorière ouvre l’une après l’autre les enveloppes qui constituent les  différentes caisses, elle compte les billets, reporte les sommes sur une feuille de suivi et Benoît fait de même de son côté. A la fin, tous les participants signent le cahier et les feuilles de suivi qui seront conservées soigneusement pour les prochaines réunions.

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Groupe des « Femmes en marche »

Il y a trois différentes caisses : la caisse de solidarité, la caisse interne et la caisse d’urgence.

  • Caja solidaria- Caisse de solidarité :La caisse de solidarité sert de « garantie » du crédit accordé par le réseau. Elle permet de soutenir les adhérentes, dans le cas où l’une d’entre elles ne pourrait pas rembourser son crédit. Dans ce cas, sa mensualité est prise en charge par cette caisse, à charge à la personne de rembourser à la fois à la caisse et de payer sa mensualité le mois suivant. Cette caisse requiert une participation de 5 à 10 pesos par mois selon les groupes.
  • Caja de ahorro – Caisse d’épargne : : La caisse de solidarité sert de « garantie » du crédit accordé par le réseau. Elle permet de soutenir les adhérentes, dans le cas où l’une d’entre elles  ne pourrait pas rembourser son crédit. Dans ce cas, sa mensualité est prise en charge par cette caisse, à charge à la personne de rembourser à la fois à la caisse et de payer sa mensualité le mois suivant. Cette caisse requiert une participation de 5 à 10 pesos par mois selon les groupes.
  • Caja de emergencia- caisse d’urgence : cette caisse fonctionne à partir d’un apport de chacun des membres du groupe (soit 5 soit 10 pesos selon les groupes). Elle sert en cas d’urgence pour l’achat de médicaments, payer la facture de gaz ou d’électricité, etc. Ce mois-ci, deux personnes utilisent cette aide. Cela reflète la récente augmentation du coût de l’énergie de +10 % et les factures d’eau et d’électricité soudainement plus élevées.

Sans oublier l’élément de base du micro-crédit : le crédit accordé par le réseau aux participants de chaque groupes. Les emprunts fonctionnent par paliers : la personne emprunte une première fois la somme équivalente au premier palier, soit : 1000 pesos ; si elle la rembourse sans soucis alors elle est autorisée à emprunter la somme du second palier soit : 1500 pesos, et ainsi de suite. L’argent des taux d’intérêts vont au réseau du micro-crédit. Ils seront réinjectés l’année suivante dans un nouveau groupe ou le financement de nouveaux crédits. une nouvelle activité. Le taux d’intérêt de cette caisse est en ce moment très haut : 5%, à cause de l’inflation de ces derniers mois.

Dans ce groupe, une des femmes est couturière et coud de jolis sacs, porte monnaies et étuis de lunettes en simili cuir. Elle a contracté un prêt afin de participer à une formation de couture et apprendre des techniques qu’elle ne maîtrise pas encore.

Voyage dans l’intérieur de la province de Formosa

Ce  jeudi après-midi, Benoît a emprunté la voiture d’un ami et nous roulons sur une route toute droite  depuis déjà deux heures. Le paysage autour est très plat, couvert de champs et ponctué de palmiers et de maisons simples. Nous allons dans l’intérieur de la province à Pozo del Tigre, Ibarreta et Palo Santo, afin de rencontrer quatre autres groupes de micro-crédits. Benoît m’explique que nous avons de la chance d’être en voiture, car au début de son projet il faisait cette excursion de 2 jours en bus. S’il est simple de relier Formosa à chacune de ces villes, c’est nettement moins facile de relier les villes entre elles, du coup il a même tenté le stop !

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Réunions de micro-crédit dans la province

Durant le trajet, Benoît me parle de l’une des réalisations récente du réseau : la participation de certains groupes à un marché artisanal. Il espère par ce biais augmenter l’activité des membres du réseau et aussi, leur faire comprendre que le micro-crédit est une réelle opportunité pour leurs activités principales. En effet, actuellement peu de membres utilisent ce système économique comme un tremplin pour leurs activités professionnelles. Benoît me cite l’exemple réussi d’une boulangère d’Ibarreta, qui débuta en vendant ses pains dans la rue et qui petit à petit, a investi dans un local et un four. Elle a maintenant pignon sur rue. Cependant, de tels exemples se comptent sur les doigts d’une seule main et, Benoît aimerait en encourager beaucoup plus. Pendant ces deux jours, nous ne rencontrerons pas moins de quatre groupes. L’accueil est toujours aussi chaleureux. Il y a parfois des discordes au sein des groupes, mais jusqu’à présent tous les participants ont toujours remboursé 100% de leurs prêts.

Encourager et développer l’agriculture

Dans le réseau de micro-crédit, il y a beaucoup de personnes qui ont des petits commerces (nourriture, snacks, vêtements), mais très peu produisent quelque chose de leurs mains. Pourtant, il y a quelques productions intéressantes : miel, confitures, farine de caroube. Alors, Benoît essaie de mettre en relation les producteurs et les vendeurs, afin de développer leurs activités à travers la province.

C’est dans cet esprit que nous rencontrons Charli, un professeur de biologie passionné par l’agriculture. Il possède un moulin, avec lequel il broie les fruits du caroubier et il travaille au développement de la farine. A Buenos Aires, cette farine a beaucoup de succès dans
les réseaux bio et sans gluten. Il nous explique que la farine produite à Formosa est plus claire et granuleuse que celle que l’on trouve habituellement dans le commerce. En effet, il existe deux  sous-espèces de caroubiers : l’une provient d’Europe et l’autre d’Amérique du Sud et les farines résultant de la transformation de leurs fruits sont en fait différentes. L’une issue de l’arbre européen est effectivement nommée farine de caroube ; tandis que l’autre, issue de l’arbre sud-américain est appelée mesquite. Au niveau du goût, ces deux farines différent également : la farine de caroube a un goût qui se rapproche du cacao

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Benoît en visite chez une productrice de mesquite

et est utilisée comme substitue dans l’industrie agro-alimentaire. Tandis que celle de mesquite a un goût bien moins prononcé. Lorsque Benoît explique qu’il a pris contact avec une épicerie de Formosa et annonce le prix auquel le gérant est prêt à acheter la farine de mesquite, Charli lui répond qu’il espère en tirer un meilleur prix. En effet,  la farine de mesquite a des propriétés plus intéressantes que celles de caroube selon lui : elle contient plus de protéines, dont une protéine absente dans les céréales : la lysine. Il y a encore du travail pour Benoît afin de développer cet axe dans le réseau de micro-crédit mais cette rencontre est prometteuse.

Donner un cadre au réseau de micro-crédit sur le sol Argentin

La dernière réunion auquel j’assiste avant mon départ est celle des futurs membres de l’association argentine du réseau de micro-crédit. En effet, à la base ce réseau est soutenu par des fonds français. Ces deux dernières années, c’est Benoît qui a levé les fonds nécessaires pour la vie du réseau. Mais dans l’optique de pérenniser ce réseau et de le rendre à terme 100% Argentin, Benoît est en train de monter une association en Argentine. De cette façon, le réseau pourra également bénéficier de financements locaux. Monter une association dans ce pays n’est pas une tâche facile, Benoît s’est fait aider d’un ami avocat pour monter le dossier. Depuis, il l’a déposé aux autorités locales et il est dans l’attente de leur accord. Il ignore combien de temps il lui faudra pour l’obtenir mais en attendant il travaille déjà avec la future présidente et la future secrétaire de l’association.

Ainsi depuis deux ans Benoît fait vivre et développe le réseau de micro-crédit de Formosa. Il a effectué des démarches importantes pour sécuriser l’existence du réseau dans le temps et il a ouvert de nouvelles perspectives à certains petits producteurs. Il reste encore du travail pour sa successeuse : Clotilde. Benoît l’a recruté pour son expérience dans domaine social.  De plus, il souhaitait recruter une femme à ce poste. En effet, 90% des membres du réseau sont des femmes qui pendant les treize premières années d’existence du réseau avaient pris l’habitude de se confier à Bernadette. Benoît espère ainsi que Clotilde gagnera la confiance de celles-ci rapidement et continuera de les aider dans leur développement économique avec succès.

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Deux jours avec Pauline en prévention des addictions

En suivant Pauline dans ses multiples activités et réunions, elle me raconte son projet. Lorsqu’elle est arrivée en 2014, elle ne parlait pas Espagnol et personne ne l’attendait dans le diocèse. Elle a dû donc non seulement apprendre une nouvelle langue, s’adapter aux façons de communiquer et de travailler en Argentine mais également se faire petit à petit sa place au sein d’une Eglise plutôt machiste. Ses forces ? Sa passion pour son projet, sa persévérance dans ses idées et son expérience au parlement européen. Grace à cette expérience professionnelle elle est habituée à travailler et communiquer de façon politique, ce qui constitue un réel atout dans sa mission de coordination des Equipes de Prévention des Addictions : EPA.

 

Les groupes d’écoute

Avec Pauline j’ai assisté à plusieurs groupes d’écoute et de soutien aux proches de jeunes touchés par la toxicomanie. Ce sont essentiellement les mères et femmes  qui s’y rendent. Ces femmes ont un quotidien très dur et ne savent pas toujours comment accompagner

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Un groupe d’écoute et Pauline (à droite)

leurs compagnons ou leurs fils face à l’addiction. Alors dans ces groupes elles prennent conscience qu’elles ne sont pas seules dans cette situation, elles peuvent apprendre des autres et surtout se décharger un peu de leur fardeau émotionnel.  Ecouter et accompagner est tout un art : on ne juge pas, on ne prend pas d’initiative et l’on conseille quand la situation est vraiment grave, où ne pas le faire serait de la non-assistance à personne en danger. Lorsque ces femmes demandent des conseils alors Pauline leur propose des options : inscrire leur fils dans une formation de professionnalisation proposée par le foyer Don Bosco (une communauté salésienne du diocèse de Formosa) ; demander un suivi psychologique pour leur fils et parfois aussi pour elle-même. Mais c’est tout un cheminement pour ces femmes d’atteindre ces étapes et cela prend du temps ! Pauline garde tout de même la motivation et leur propose toujours de les accompagner dans leurs démarches : « La porte est ouverte, tu sais qu’il existe ces options. Donnes-moi rendez-vous et nous irons ensemble. » C’est un travail de longue haleine et de patience avec des femmes dont l’estime d’elles-mêmes souvent très basse les limite dans leurs initiatives.

Une réunion clé

C’est mercredi après-midi, nous allons à l’hôpital du quartier  « Circuito 5 » dans la

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Hôpital du Circuito Cinco

section Psychiatrie. Pauline a rendez-vous avec son amie Vanesa qui est médecin psychiatre et l’équipe de psychologue de l’hôpital. Sur le chemin, Luisa nous rejoint. C’est une des volontaires les plus dynamiques des équipes de prévention. Luisa est institutrice et depuis peu elle a quitté ses groupes de catéchèse pour se consacrer encore plus à la prévention contre la drogue. A l’hôpital nous rencontrons quatre autres professionnels de la santé : psychiatre et  psychologues. Chaque personne arrive l’une après l’autre au cours de la réunion. Au départ l’ambiance est plutôt à perplexe : que veulent cette française et cette institutrice ? C’est que l’hôpital ne dispose pas de beaucoup de moyens. L’équipe est déjà débordée et il n’y a que deux médecins psychiatres dont un à mi-temps. Quand bien même, au fur et à mesure de la réunion l’atmosphère se détend et l’enthousiasme grandit. En effet, Pauline est venue

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Luisa en pleine présentation

chercher des informations et aussi un moyen de faire le lien entre ses groupes d’écoute et l’étape suivante : le soutien psychologique pour les familles touchées par la toxicomanie. Quant aux médecins, ils ne veulent pas se cantonner à traiter des personnes en situation d’addiction : ils veulent faire plus de travail en amont  et s’axer un peu plus dans la prévention.  Alors lorsque l’une des psychologues propose de venir assister à des groupes de parole régulièrement, les objectifs pour la réunion ont été largement atteints. Je suis enthousiasmée par l’engagement et l’efficacité de ces volontaires et professionnels. A la fin de la réunion il est décidé qu’ils travailleront ensemble. Ils ont déjà des plans d’actions concrets et une date pour se rencontrer à nouveau la semaine qui suit. Je ne me souviens pas avoir assisté à une réunion plus productive que celle-ci de toute ma vie !

 

 

EPA, EPA ! Hablemos del tema! Hé EPA ! Nous devons parler du problème !

Jeudi matin le réveil sonne à 6h00 et à 7h00 nous prenons le bus, nous avons rendez-vous à 8h00 à la Manantial, une radio locale. Aujourd’hui est un grand jour : c’est le jour de la En Airepremière émission de radio de prévention des addictions. Une idée que Pauline défend depuis des mois auprès des différentes personnes du réseau de prévention et elle a enfin obtenu le feu vert ! L’idée de cette émission est de non seulement promouvoir les actions déjà existantes sur le terrain mais aussi offrir un espace d’expression au grand public. La drogue est un problème de société et parler de ce thème à la radio locale est un excellent moyen d’encourager les gens à agir pour s’en sortir. Au micro Sergio, un journaliste radio à la voix calme et posée, est accompagné par Norma qui apporte son optimisme et son enthousiasme. Ils introduisent donc la Comission Diocésaine de lutte contre la toxicomanie (Comision Diocesana de Drogadependencia) et les EPA : Equipes de Prévention des Addictions et son émission de radio EPA, EPA ! Hablemos del tema (Hé EPA! Nous devons parler du problème) en interrogeant un prêtre et une volontaire. A la régie Viviana est très motivée par cette nouvelle émission et a déniché  à la dernière minute un super jingle.  A la fin de l’émission les idées fusent : « nous avons besoin d’une page facebook pour que les gens puissent poser facilement leur questions et témoignages ». L’initiative de cette émission est bonne et son développement promet d’être intéressant !

                 Sergio & Norma                                  Pauline & Viviana

Ainsi en l’espace de deux ans Pauline a largement rempli sa mission : elle a mis en place un véritable réseau de soutien et prévention aux addictions sur Formosa. Elle travaille non seulement avec les familles touchées par la drogue, des professionnels de la santé mais elle a également réussi à ouvrir le débat au grand public au niveau de la ville. Et puis la prévention ne serait pas la prévention si elle ne s’adressait pas aux plus jeunes également. Ainsi Pauline a mis en place des ateliers de théâtre pour les enfants tous les dimanches matins. Après ces ateliers ils ont accès à un repas gratuit cuisiné par des bénévoles.  Pour la suite du projet, Pauline a recruté avec grand soin son successeur : Niels. Elle a cherché une personne avec un profil de travailleur social pour plus de performance sur le terrain. Et elle cherchait également un homme afin  de rendre la tâche plus facile à cette personne au niveau du réseau EPA…Asi ès !  Ainsi est la réalité du terrain !

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Atelier théâtre du dimanche matin

A Formosa avec Form’Oser

La semaine dernière j’ai rendu visite à Pauline et Benoît qui vivent à Formosa depuis bientôt deux ans.  Ils y mènent deux projets de solidarité internationale avec l’association qu’ils ont monté : Form’Oser. Je les ai suivis dans leurs projets pendant toute une semaine.

 Des conditions sommaires pour une proximité clé

Je débarque dans la province la plus pauvre d’Argentine par un beau dimanche matin. AFormoser team.jpg 8h00 la température est déjà de 30°C. Benoît vient me chercher à la station de bus, dans le taxi il me prévient : « Tu verras chez nous c’est rustique ».  Et pour cause : avec Pauline ils ont emménagé en plein cœur du quartier « Circuito cinco », un des plus pauvres de la ville. Dans ce quartier les rues sont en terre battue, on se déplace au milieu des chiens errants. L’ambiance sonore est un joyeux mélange  de salsa, de cumbia et musique folklorique qui s’échappe des maisons à coup de décibels bien chargés. On salut les voisins au passage : « Hola, que tal ? Todo bien ? ». Le trop plein des égouts s’écoulent dans la tranchée entre le trottoir et la rue. Dans les maisons l’eau bien que courante n’est absolument pas potable. Chez Pauline et Benoît ce n’est pas très grand, heureusement leur accueil très chaleureux compense le manque de confort. Ils m’expliquent que vivre dans ce quartier, leur permet de vivre au milieu des gens qu’ils côtoient dans leurs projets. C’est une façon cohérente et entière de vivre les projets. En effet, ils ne sont pas là pour faire la charité mais du développement social et économique. Ils sont au service des gens de leur quartier et ils travaillent et vivent avec eux.

Un projet sur mesure

L’histoire de Form’Oser, c’est l’histoire d’un couple qui voulait partir eCIMG3807.JPGnsemble participer à un projet de solidarité internationale mais qui ne trouvait de projet pour partir à deux. Alors ils ont décidé de se lancer et de monter leur propre projet. Benoît avait déjà passé 6 mois à Formosa en 2010 et il avait travaillé sur un projet de micro-crédit. Il savait que la personne qui menait ce projet depuis 13 ans voulait prendre sa retraite alors il a décidé de prendre son relais. Quant au projet de Pauline, il concerne la prévention et l’accompagnement de jeunes et de familles touchés par la toxicomanie et elle est l’a mis en place elle-même. Tous deux se disent à la fois  ravis et passionnés par leurs projets. Cependant le rythme est très soutenu car lorsqu’ils ne sont pas sur le terrain, ils sont en recherche de financements. En effet, depuis deux ans ils assurent entièrement le financement des projets de l’association ainsi que leurs salaires mensuels de 500 euros. Les semaines commencent lundi matin et se terminent dimanche soir, rythmées par les différentes réunions aux quatre coins de la ville et même de la province.

 

Des projets pertinents

Formosa est la province la plus pauvre d’Argentine. Beaucoup de gens vivent  de petits boulots comme la vente de nourriture dans la rue. Comme partout dans le pays la crise économique de 2001 a été ressentie fortement par la population. C’est à cette époque que le réseau de micro-crédit a été monté, depuis il s’est structuré avec l’aide de l’ONG national « Nuestras Huellas ». Ce réseau représente une opportunité pour les membres d’obtenir des crédits pour développer leur activité, chose qui ne leur seraient pas accordée par une banque classique. Cela leur donne également accès à une formation continue afin d’utiliser au mieux cette opportunité. Et finalement ils peuvent aussi épargner.

Si l’Argentine n’est pas productrice de cocaïne, elle demeure tout de même un plaque tournante de cette drogue puisque 20 tonnes transitent chaque année pour être vendues sur place, en Europe et en Afrique.  En plus de la cocaïne, une autre drogue y a fait son apparition : le Paco ou Pasta base est un mélange de kérosène, acide sulfurique et autre substances chimiques. Elle est très abordable : 2 pesos (soit moins de 0.12 centimes euros) la dose, et provoque une dépendance immédiate. Eglise ArgentineLes drogues consommées en Argentine ne se limitent malheureusement pas à la cocaïne et le Paco et touche tous les milieux. Formosa étant une région frontalière du Paraguay, le problème de la drogue y est particulièrement présent. Alors l’Eglise a décidé de mettre en place avec l’aide de Pauline des Equipes de Prévention des Addictions: EPA. Le rôle de ces équipes de volontaires est d’accompagner les familles touchées par la drogue et également de faire de la prévention auprès de la population.

La suite du projet

Pauline et Benoît vont bientôt repartir pour la France. Ce n’est pas pour autant qu’ils vont oublier Form’Oser. Tout d’abord ils ont décidé de continuer à financer les projets depuis la France, ainsi que les salaires des deux nouvelles recrues. En effet, ils ont recruté un autre couple pour les remplacer sur le terrain. Niels et Clotilde sont d’ailleurs très attendus à Formosa. Pauline et Benoît font vraiment tout ce qu’ils peuvent pour leur rendre leurs débuts en Argentine agréable. Ils ont même prévu d’aller les accueillir à Buenos Aires et de leur présenter tous leurs amis et contacts de la capitale !

 

Mieux comprendre l’Argentine

L’Argentine est un pays immense et un pays de contrastes. Même si je le savais en partant, j’ai été surprise par bien des choses. Et après quelques chocs culturels j’ai eu besoin de m’instruire.

Il se trouve qu’avant de venir tous les Argentins que je connaissais étaient Porteno ou Portena (habitants de Buenos Aires). Ils parlent toujours de l’Argentine de façon positive car ils sont très fiers de leur pays. Alors il a fallut que j’ajuste l’image de l’Argentine que j’avais à la réalité. Par exemple je savais que la politique était très corrompu. MAIS alors que le monde entier s’indignait sur les papiers de Panama, comment comprendre qu’une partie de la population acclamait Cristina Kirchner venue à Buenos Aires pour être paraître devant la justice suite à des détournements de fond?

Ou encore, comme mes amis parlent plutôt fort, s’expriment de façon très claire et qu’ils ont toujours quelque chose à raconter, c’était devenu claire pour moi que tous les Argentins s’expriment ainsi.  Alors quelle ne fût pas ma surprise de constater que les habitants de Formosa parlent peu et plutôt bas.

Bref, après trois semaines de mini-choc culturels et d’incompréhension notoire de ce pays j’ai eu recours à la littérature. J’ai dévoré un livre brilliant écrit par le journaliste Ludovic Lamant qui traite aussi bien de l’histoire du pays que de sa politique, de sa société, que de sa culture. Et puis pour tout ce qui restera un mystère pour moi et bien j’ai compris: il y a Mafalda, Ché!

Mafalda c’est le personnage principale de la BD de Quino, une petite fille Argentine qui s’exprime et pense comme une adulte. Elle s’interroge sur le monde, la guerre, la paix, la politique, l’immigration et la soupe, toujours avec beaucoup de subtilité et d’humour.

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Dans l’Argentine Andine

   Je marche en tête du groupe. Nous faisons une rando dans les Andes. Nous sommes 4 français : 3 gars rencontrés à l’auberge de jeunesse et moi. Lors de notre ballade du matin une dame nous a indiqué ce chemin qui monte le long des  crêtes.

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La terre est rouge et verte suivant les strates et surtout elle est extrêmement friable. De loin les crêtes ressemblent à de la dentelle. De temps à autre je m’arrête pour attendre les gars qui filment, prennent des photos et blaguent. Au début de la crête Vincent passe devant moi, il y a un petit peu de vent, je ne me sens pas très rassurée mais je le suis. Tout le monde parle beaucoup, je ne me sens pas rassurée du tout. On fait une petit pause, quelqu’un demande « Ca va ? », mes jambes tremblent toutes seules. Je leur dis que je ne le sens pas trop. De fait je me sens très grande…trop grande, comme à des kilomètre de la terre que je foule avec mes pieds. J’ai l’impression que si une rafale de vent me déséquilibre il me faudra tellement de temps pour mettre les mains au sol et me stabiliser que j’aurais déjà dégringolé en bas de la crête. Je dis « Je sais que c’est dans la tête mais… » Quelqu’un me coupe « Ce n’est pas grave vas-y avec les mains aussi. A quatre pattes, c’est pas grave, allez on continue ! ».

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Alors je m’aide de mes mains et j’essaie de ne pas trop penser aux risques que j’encoure. Au milieu de la crête il y a une grosse pierre. Je m’y assois et pendant un moment j’écoute le bavardage de mes compagnons de marche. Et puis finalement je me concentre : je suis déterminée à terminer cette crête sur mes deux jambes. J’étudie le terrain longuement comme pour apprivoiser la pente de droite, puis la pente de gauche. Puis je focalise mon regard sur le petit chemin juste assez large pour un pied. Je me redresse et je progresse hyper concentrée. Un pas après l’autre. Et je progresse lentement jusqu’au bout de la crête. C’est comme si je faisais mes premiers pas à nouveau. Je me sens déterminée, concentrée, un peu plus fière à chaque pas et puis après c’est comme une libération.  Je me suis dépassée, j’ai affronté ma peur et je l’ai vaincue. A tel point que j’ai presque envie de repasser par le même endroit au retour, juste pour savourer le fait que je suis capable de le faire !

Je n’avais pas ressenti une telle sensation de dépassement de moins-même depuis longtemps et cette expérience me plait. Ça me donne le goût du risque et du succès. Et ce qui reste profondément ancré en moi de cette expérience c’est que pour réussir il est impératif de me concentrer sur mon propre chemin…seulement sur mon chemin.

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