La véritable fin de mon chemin de Compostelle

Par ce que je ne pouvais pas finir mon périple au cœur d’une ville. Par ce que je n’ai pas senti que Saint-Jacques-de-Compostelle était l’endroit qui marquait la fin de mon voyage, j’ai continué. J’ai marché pendant trois jours en direction de l’océan, visant tout d’abord Finisterre puis Muxia.

Trois jours pour faire le bilan de mon expérience, pour me préparer à la terminer et à rentrer. Trois jours magiques, à nouveau sur le vrai chemin: fini l’autoroute à pèlerin de la fin du chemin Francès, fini les déchets sur les bords du chemin, fini les graffiti partout!


Pendant trois jours j’ai marché seule dans la magnifique campagne Galicienne, avec quelques rencontres de pèlerins ici et là. Soudain j’étais à nouveau heureuse d’être dans la nature, de marcher du lever au coucher du soleil, de porter les même vêtements tous les jours, de découvrir de nouveaux endroits et paysages! Ce fût l’occasion de rencontrer des pèlerins du tout début de mon chemin en France et de récupérer quelques adresses email. Quelle bonne surprise !

La veille de mon arrivée à Finisterre, je me retrouvais seule dans le petit dortoir de fille d’une auberge très confortable. Malheureusement, je n’ai pas pu en profiter pleinement car j’ai probablement mangé quelque chose de mauvais durant mon déjeuner et je fus malade.

Le jour suivant je me réveillais fatiguée mais j’étais déterminée à marcher jusqu’à Finisterre et peut être à continuer le lendemain jusqu’à Muxia, comme prévu au départ.


Je commençais à marcher tôt, dans la brume matinale. Il y avait une luminosité très particulière et déjà je devinais que ce jour serait aussi spécial que ce lever de soleil. J’avais 28km à parcourir et le chemin montait et descendait tout le long. Pendant que je marchais je revoyais mentalement tous les bons moments de ces deux derniers mois, je souriais et parfois riais en me souvenant certains moments ou certaine situations. Cependant, à un moment je réalisais que mon foulard avait glissé de la poche extérieur de mon sac et que je l’avais perdu. Malgré toute la volonté à appliquer ma leçon récente de laisser-aller, j’étais en colère contre moi-même et cela me fis réaliser à quel point j’étais fatiguée. Je considérais alors la question de terminer mon voyage à Finisterre, sans pouvoir décider.

Aux alentours de midi, j’avais atteint le dernier village avant Finisterre et je commandais une tortilla dans un joli bar. J’achetais aussi un sandwich pour plus tard et je continuais à marcher. Le soleil était haut dans le ciel et plus j’approchais de Finisterre, plus je pensais « Est-ce vrai? Est ce qu’il fait vraiment bon au point de pouvoir nager aujourd’hui ? »

Lorsque j’arrivai sur la plage, je regardai au loin, laissai mon sac sur la plage et me déshabillai. Puis, je couru dans sur la plage déserte, tout droit dans l’océan. Ce fût un très beau moment, je ressenti une joie intense monter en moi, j’étais pleine de gratitude pour cette journée et toute mon aventure.

 

Ensuite, je revins à mon état de pèlerine et grimpai  encore trois kilomètres en direction de la fin de la terre. Quand je l’atteignis, je cherchai un bon endroit sur les rocher, je m’assis et mangeai mon déjeuner tout en regardant l’horizon. Puis, je restai là. Je demeurai assise là pendant cinq heures, simplement à regarder l’océan et l’horizon. J’étais à la fois en paix, heureuse et toute confuse. J’avais besoin de cette pause immobile pour donner à mes jambes le signal que j’allais continuer mon chemin mais sans marcher autant, et désormais ce ne serait plus en direction de l’ouest. J’avais besoin de ce temps pour réaliser que c’était la fin de mon camino.

Je regardais le magnifique coucher de soleil et alors que je m’apprêtais à redescendre vers le village, je rencontrais une française qui me donna ce conseil: « Tu devrais rester ici un jour ou deux, le temps de faire comprendre à ton corps que ton camino est terminé. » Je n’ai pas vraiment compris ce qu’elle voulais dire par là, mais j’ai suivi son conseil et je ne regrette pas!

Pendant les deux jours qui suivirent je profitai du soleil, du bord de mer et des fruits de mer. Je passai du temps avec mes amis du chemin et j’écrivis beaucoup de cartes pour partager à mes amis et ma famille quelques éclats de mon bonheur. Finalement, je me sentie prête à rentrer. J’avais réalisé que j’étais venue à Finisterre pour renaître dans l’océan.

 

Mon arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle

La veille de mon arrivée à Santiago, je marchais de sept heure du matin à cinq heure du soir sous la pluie. Une pluie qui était bien persistante et mouillante; dans une atmosphère chaude et sans vent. Je marchais seule durant 30km car deux de mes amies du chemin était derrière et la dernière avait une demi journée d’avance sur moi. J’étais très concentrée sur l’instant présent, d’une certaine façon l’appréciais quand même (j’ai pris beaucoup de photos ce jour là) . Je faisais des pauses dans des bars tous les 6 à 8km afin de me sécher un peu  avant de retourner marcher sous la pluie. Le soir, quand j’eu finalement atteins l’auberge, que j’ai eu pris ma douche et trouvé la cuisine je réalisa soudainement « Demain je vais atteindre Santiago, ça y est ! Et ça n’est pas du tout comme j’imaginais! » En effet, j’étais convaincue que je ferais mes derniers kilomètres avec mes amis du chemin. Et puis, des personnes qui avaient déjà fait le chemin, m’avaient dit que l’arrivée à la cathédrale est un moment spécial. Personnellement, je voulais arriver là-bas, déposer mon sac au fond de la cathédrale et embrasser mes amis.

Mais le chemin est le chemin, j’avais commencer seule, alors pourquoi ne pas terminer seule ? …c’est un voyage très personnel après tout. 

Alors le jours suivant, je me levais tôt et marchais rapidement les 20 derniers kilomètres. J’étais pressée de quitter la banlieue de Santiago pour la vieille ville. J’étais pressée de vivre mon moment spécial dans la cathédrale. J’étais pressée de célébrer avec mes amis du chemin. Et aussi, j’ai pressée de rentrer, de voir ma famille et mes amis, d’utiliser mes mains plutôt que mes pieds, d’avoir des temps calme entourée de peu de gens le soir, de changer de vêtements, de mettre une touche de maquillage et de belles boucles d’oreilles…oh oui, je me sentais tellement prête à finir mon voyage! 

Cependant, rien ne se passe comme prévu dans la vie, et mon arrivée à ma cathédrale fût une réelle déception: après avoir tourner autour pour trouver la bonne entrée, je me retrouvais face à une panneau qui disait « sac à dos interdits dans la cathédrale, allez à la consigne, 2€ ». Quoi??? Après tous ces kilomètre, toutes ces églises, chapelles et cathédrales visitées en chemin. Après avoir fait ce geste de pèlerin de centaines de fois, de déposer pour quelques instant « ma maison » dans la maison de Dieu, c’était interdit de le faire dans la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. 

  
J’étais vraiment déçue et je décidais de ne pas entrer à ce moment. Je préférais donc me trouver un toît pour le soir et revenir à la cathédrale pour la messe de 19h00 et le rituel de l’encens. 

  
C’est donc ainsi que mon vrai moment d’émotion fut à la réception de l’auberge. L’endroit était beau et propre, je pût enfin poser mon sac et l’hospitalier était très accueillant. Lorsqu’il imprima le dernier tampon sur ma credentiale en disant  » Santiago! Oh! Vous avez commencé de loin, quel long voyage. » Les larmes me montèrent aux yeux et je répondus simplement « Ooouui, je saaaiiis et je suis ici, maintenant ». Et bien entendu après cela j’ai profité et célèbre avec mes amis du chemin !

Les joies du chemin 

J’ai apprécié chaque jours passés sur le chemin et je voulais partager les choses qui m’ont procuré le plus de joie pendant ces deux mois. 
  La première chose et sûrement la plus importante pour moi furent les rencontres. Chacune des personnes rencontrées, chaque moments, jours ou semaines partagés m’ont beaucoup apporté. Grace à toutes ces discussions, ces rires, ces chansons je peux dire que j’ai eu un beau chemin!

  Les petits rituels. Pratiquer le yoga seule ou en groupe, partir au petit matin pour voir le lever du soleil, boire une bière avec d’autres pèlerins après une bonne journée de marche ou une tisane le soir avant d’aller me coucher, voici pleins de petits rituels source de joie.

   
Manger! J’ai toujours aimé manger, mais j’ai découvert sur le chemin que j’ai un métabolisme rapide et que j’ai besoin de manger souvent et beaucoup…bonheur! 

Au delà de ça, une de mes plus grandes joies a été de préparer et partager mes repas avec mes compagnons de marche. Chacun achetait quelques ingrédients, cuisinait un plat et à chaque fois c’était un festin! Bien plus délicieux que le menu du pèlerin espagnol qui est très gras (donc difficile à digérer) et en plus on trouve partout le même.  

  
Les retrouvailles. Après plusieurs semaines lorsque par chance mon chemin a recroisé celui d’une personne déjà rencontrée plus tôt alors quelle joie! On échange sur nos expériences, déjà j’entrevois le chemin intérieur parcourut par l’autre depuis notre dernière rencontre et les changements. Et puis on parle aussi de nos connaissances communes sont elles devant, derrière? 
L’inspiration. Lorsque je marche, souvent mes idées deviennent plus claires et plus créatives. C’est bon de sentir les idées fuser pour mon prochain article ou bien d’avoir beaucoup d’envies pour les expériences que je vais faire dans les mois qui viennent!  

 
Marcher dans la nature. L’automne est depuis longtemps ma saison favorite. La nature s’est gorgée de soleil et d’énergie pendant tout l’été et même lorsqu’il fait mauvais je vois le soleil partout : dans les fruits et les feuilles des arbres. Alors quel plaisir d’être chaque jour au grand air et de profiter de chaque moment de la fin de l’été au début de l’hiver ! 

Vos commentaires de lecteurs. Écrire ce blog est pour moi une façon de pratiquer quelque chose que j’aime faire: écrire. Mais c’est aussi un moyen de m’ouvrir plus et être encore plus qui je suis vraiment. Alors quel bonheur de savoir que tel article a fait écho pour telle personne ou qu’un autre article a inspiré quelqu’un. Merci, merci pour vos petits messages et s’il vous plait continuez!!! 

La leçon du chemin III: Les 4 R  

Marcher sur le chemin, c’est aussi apprendre quelques leçons de vie. Voici les principales leçons rencontrées.
Les 4 R: Routine, rituels, rythme et régularité. La routine est un phénomène qui m’a longtemps questionné durant mon voyage et j’ai réalisé que la routine est un état d’esprit. C’est un mode dans lequel on se met, et où l’on agit tel un robot sans réfléchir mais par habitude. Lors de mon voyage il m’est apparu très clair la différence entre routine et rituel car il y avait pleins d’actions que je répétais chaque jours et qui m’étaient importantes et positives telles que mon yoga, me lever tôt pour admirer le lever du soleil, bien me masser les pieds ou boire une tisane avant de dormir. C’est à ça qu’on reconnaît un rituel, c’est effectué consciemment et ça apporte du bien être. 
  
Sur le chemin chacun a son propre rythme et c’est très important de s’y tenir, de ne pas de laisser entraîner par la dynamique du groupe afin de rester connecter à soi-même et de se respecter dans ses besoins et ses limites. Alors parfois je marche 30km, parfois 20km c’est comme je sens! 

Cependant j’ai réalisé que si je ne gardais pas de régularité, alors je me fatiguais. Ce qui est drôle c’est que si je poussais sur mes limites, alors un ou deux jours plus tard j’avais besoin d’un jour de repos. Et par conséquence, le surlendemain je retrouvais sur le chemin des gens dépassés quelques jours auparavant et qui eux marchais régulièrement

La leçon du chemin I – soigner et éviter les tendinites 

Marcher sur le chemin, c’est aussi apprendre quelques leçons de vie. Voici les principales leçons rencontrées.  
Soigner et éviter les tendinites. Je n’avais jamais eu de tendinite de ma vie avant de faire Compostelle. C’est donc par expérience que j’ai appris ce que c’était et surtout qu’il suffisait de boire beaucoup et de s’étirer pour les éviter. Très vite, j’ai adopté la poche d’eau, qui permet de boire sans enlever le sac et j’ai fait attention à boire au moins 3L d’eau par jour (en dessous de cette quantité la douleur revenait).

  

Mon plus grand défi sur le chemin 

      
Mon plus grand défi sur le chemin aura été mon dos fragile. J’ai une scoliose (mon dos est aussi sinueux que l’arbre ci-dessus), j’ai même porté un corset jours et nuits pendant mes années adolescentes, et bien évidement je savais avant de partir que cela représentait un défi. J’avais pris grand soin de ne pas charger mon sac plus que nécessaire. Je m’étais musclé le dos avant de partir et chaque jours sur le chemin j’ai pris soin de faire du yoga. 

MAIS ce qui a vraiment été un challenge pour moi c’est de prendre conscience de ma douleur et de son impact négative sur ma vie. Il m’a fallut apprendre à être infiniment douce et patiente avec moi-même afin de prendre en compte cette douleur et de faire tout de qui était possible pour y mettre fin: demander à un ou une compagnon de route de me masser, m’offrir une heure de massage ou d’ostéopathie, changer de sac à mis-chemin, chercher des auberges avec des cours de yoga, ne pas porter mon sac pendant une journée et faire autant de pauses et d’étirements que nécessaire. Et puis aussi de me pardonner à moi-même pour ne pas avoir anticiper ma douleur parfois. Comme le lendemain de ma séance d’ostéopathie où je n’ai pas du tout pensé à envoyer mon sac par taxi pour ménager mon dos qui avait été manipulé . 

Oui, tout ça paraît tomber sous le sens et évident. Et pourtant je peux vous dire qu’après tant d’années à ignorer mes petites tensions et contractures dorsales, c’est tout un apprentissage que de sortir complètement de ce cercle vicieux. 

Ce qui m’a beaucoup aidé ? Tout d’abord, la patience et mots de mes compagnons de route pour me faire reconnaître mon besoin de repos. Merci Lolita et Jimmy! Mes diverses lectures qui m’encourageait à écouter mon corps toujours plus et mes séances de yoga quotidiennes. 
Je n’ai certainement pas terminé d’apprendre sur cette facette de moi-même mais j’ai beaucoup avancé et j’en suis très heureuse et très très fière. 

Namaste! 

 

* merci à Finja, Sarah, Dalila et Roberto pour la mise en place et la réalisation de cette photo. 

Bientôt arrivée !

     
   Je suis maintenant à quelques jours de mon arrivée à Santiago, et alors que je marche sur un joli chemin de montagne me voici en train de faire le bilan de mon chemin de Compostelle. 

Tout d’abord je me sens prête à le terminer ce chemin. Il me semble qu’après deux mois de marche j’ai vraiment trouvé ce que j’étais venu chercher et plus encore ! Alors il me c’est important de l’écrire pour pouvoir le relire plus tard, dans la course infinie de la vie. Comme il y a beaucoup à écrire, je vais écrire et publier plusieurs petits articles à ce propos. La suite dans le prochaine article,  très bientôt!

La maison du silence

« Sur le chemin il y a tout ce dont j’ai besoin, au moment où j’en ai besoin. »

  
Ce matin, je me réveille fatiguée. Malgré la petite journée d’hier, la soirée à été bien fatigante: L’auberge était pleine à craquer, la cuisine toute petite et les gens plutôt bruyants. Voilà que je décline même l’invitation de mes compagnons de marche à joindre leur table pour le petit déjeuner: la télé en bruit de fond m’agace! À la place je préfère prendre un petit déjeuner paisible, assise seule à une table de l’arrière salle. C’est décidé aujourd’hui je marche seule!
Une fois sur le chemin, mon humeur s’améliore. Aujourd’hui le vent souffle fort, il chasse la pluie de la veille et surtout il sèche le chemin boueux. Dans ma tête les idées d’articles fusent et j’ai hâte d’arriver au prochain village, de m’arrêter dans un café et d’écrire. 

  
À l’entrée de Castrojeriz, je retrouve Finja avec qui j’ai marché la veille. On entre ensemble dans le village en échangeant nos impressions sur la soirée de la veille et nos plans pour la journée. Après quelques mètres mon attention est attirée par une maison. Sur la porte il est écrit « Maison du silence, pour pèlerins. Ouverte ». Je montre le panneau à Finja et je lui fait part de mon envi d’y entrer. On se dit à plus tard et j’ouvre la porte. 
J’entre, referme la porte derrière moi et alors une phrase que j’ai dit souvent depuis le début de mon chemin me revient  » Sur le chemin il y a tout ce dont j’ai besoin, au moment où j’en ai besoin ». Aujourd’hui encore cette phrase se révèle vraie.
 Le lieu dans lequel je viens d’entrer est magique: la première salle est une salle d’exposition de photo, en dessous de chacune d’elles il y a une phrase philosophique ou une citation . Je m’avance et découvre une cuisine, en face un salon et un salon-véranda lumineux avec un poêle. Tout est décoré avec goût, d’un simplicité monastique et évoquant des voyages lointains. La musique de fond apaise et invite au recueillement et à la méditation. Il y a pleins de petits recoins pour s’assoir. Il fait bon dans cette maison. Et j’aperçois aussi par la fenêtre un joli jardin jonché des feuilles d’automne. 
Une envie pressante me prends et le pousse à parcourir rapidement le reste de la maison. Un bel escalier couvert de tomettes mène à l’étage. Un puit de lumière naturelle l’éclaire, il est peint en jaune et on y voit des ombres d’oiseaux qui s’élancent vers le ciel. À l’étage se trouve une petite chapelle toute simple: une croix sur le mur, un tapis et un coussin pour s’assoir. En face, c’est une salle de méditation avec des textes en espagnol écrits à la main sur des feuilles colorées posées à même le tapis. Entre les deux, les toilettes dans lesquels sèchent des bouquets de lavande et de thym. Je jète un rapide coup d’œil à la dernière pièce une bibliothèque internationale avec de beaux livres, bien choisis. 

  

Je redescends en bas, c’est décidé je vais passer ma matinée ici! J’ôte mes chaussures dans l’entrée, retire mon Kway et mon pantalon de pluie. Et je m’aventure à nouveau dans cet espace confortable et calme. Cette fois-ci je prend mon temps pour décider où est ce que je vais m’installer. 
 Sur la table du premier salon il y a du thé sur la table avec du chocolat noir et des biscuits. Sur un petit carton il est écrit « servez-vous ». Les tasses sont en porcelaine de Chine, et je trouve même un sachet de thé Genmaïcha, un de mes thé préfères au thé vert et aux grains de riz soufflés. Je me sers une tasse, me saisi de mon téléphone et m’installe confortablement dans la véranda pour écrire. 

      
Après une demi-heure, une jeune fille Asiatique rentre du jardin et vient s’installer juste en face de moi. Nous échangeons un bonjour de la tête. Elle m’observe pendant quelques minutes, puis à ma grande surprise rompe le silence pour me dire que les téléphones sont strictement interdits dans cette demeure. Et que le créateur de ces lieux est formel: il ne veut pas les voir. Cassée dans mon élan, je remets mon projet d’écriture à plus tard. 
Je me lève pour laver ma tasse, je monte à l’étage et essaie de lire un peu dans la bibliothèque. Puis je tente de méditer dans la chapelle. J’entends le vent qui souffle dehors, je sens mon énergie qui bouillonne en moi et mon esprit qui s’agite. C’est l’appel du chemin! Il est temps de quitter le silence pour repartir dans le vent d’automne. J’ai hâte de raconter ce beau moment à mes compagnons de route! 

La Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu et le Grand-homme-aux-yeux-clairs

        
Le quarantième jour la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu rencontra sur le chemin le Grand-homme-aux-yeux-clairs. 
Le Grand-homme-aux-yeux-clairs voulait cuisiner le dîner pour elle et les autres pèlerins. Elle proposa donc de l’aider à faire les courses. Alors qu’ils marchaient dans les rues désertes de la vieille ville la Jeune-Femme-aux-cheveux-de-feu demanda:

-« Alors Grand-homme-aux-yeux-clairs, comment se passe ton chemin ? Est ce que tu apprécies?  

-Non, je déteste ça! 

-Pourquoi détestes-tu le chemin? 

-C’est le voyage, vois-tu. Je déteste voyager. 

-Mais qu’est ce qui te dérange exactement ?

-Je n’apprécie pas la marche et il y a tant de gens que dans le dortoir que je ne peux pas trouver le sommeil le soir. La seule chose qui me plait c’est de cuisiner pour les autres et partager le dîner avec eux autours de la table. 

-Mais alors, pourquoi fais-tu le camino? 

-Pour le challenge, pour sortir de ma zone de confort. »

La Jeune-Femme-aux-cheveux-de-feu était très surprise. C’était la première fois depuis qu’elle avait commencé son chemin qu’elle rencontrait quelqu’un qui n’appréciait pas l’expérience. Le soir elle me confia « Tu vois, même lorsque je marchais avec lui en direction du magasin, il me donnait l’impression de vouloir être seul, et aussi dans la cuisine. Il avait l’air stressé par le bruit et les gens. Mais pourquoi fait-il le camino si il déteste marcher? Cela me semble tellement étrange. » Je n’avais pas la réponse à sa question alors je restais en silence. 

  
Le 41eme jour, le Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu commença à marcher au point du jour. Elle remarqua le Grand-homme-aux-yeux-clairs devant elle. Elle n’essaya pas de le rattraper, elle sait à quel point ce moment de la journée est spécial . À la place, elle fit un détour, monta en haut de la colline et une fois du milieu des vignes elle s’arrêta pour contempler les premières lueurs du jour. Elle se remplie de toutes les lumières et couleurs du ciel et du soleil, puis elle continua sa route.

Une heure plus tard, la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu arriva au village suivant. Malgré toute l’énergie du soleil absorbée, ses mains étaient gelées. Elle décida donc de s’arrêter dans le premier bar venu. Elle entra et commanda une grande tasse de thé. Le Grand-homme-aux-yeux-clairs était assis à une table, savourant son café chaud. Il lui sourit, et elle décida de se joindre à lui. Alors qu’elle s’asseyait en face de lui, le Grand-homme-aux-yeux-clairs engagea la conversation:

-« Bonjour, ce levé de soleil était très beau n’est ce pas? 

-Bonjour! Oui c’était magnifique! Aussi il fait très froid ce matin.

-Dis moi Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu, pourquoi as-tu commencé le chemin si loin? Pourquoi marcher si longtemps? 

-Pour moi ce voyage est un apprentissage. Il y a tellement de choses que j’ai besoin d’apprendre ou d’essayer. Il faut s’autoriser du temps pour ça. La Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu souri. J’ai commencé le chemin de si loin car c’était proche de la maison de ma grand-mère et cela a beaucoup de sens pour moi. Et puis j’ai décidé d’aller à Santiago avec les objectifs suivants: je voulais rencontrer et partager avec les gens, je voulais trouver de l’inspiration et apprendre. Et puis, marcher tous les jours est une bonne activité pour moi, j’adore randonner et être dans la nature. 

Le Grand-Homme-aux-yeux-clairs lui rendu son sourire. 

-Tu exprime très bien ce que tu ressens et ce que tu veux . 

-Merci, j’apprends car j’ai réalisé sur c’était si important dans la vie. »

D’autres pèlerins commençaient à arriver et saluaient la jeune femme et le grand homme. Un Intelligent-garçon-asiatique posa son sac à côté du Grand-homme-aux-yeux-clairs, celui-ci sorti son portefeuille, y prit quelques pièces de monnaie et les glissa discrètement dans le sac du garçon. 

-« Tu es très généreux, dit la Jeune-Femme-aux-cheveux-de-feu. J’admire ta générosité, je sais que c’est important mais je trouve difficile d’être généreuse avec mon argent. 

-J’en ai bien trop, je préfère je donner. Quand le garçon trouvera ces pièces il se sentira heureux, il pensera qu’il a de la chance et alors peut être il voudra partager sa chance avec quelqu’un d’autre. 

-Oui c’est ça, c’est un cercle vertueux et je sais que j’ai besoin d’apprendre plus à propos de la générosité. 

-Avant que je parte pour le chemin de Compostelle, j’ai vidé ma maison, j’ai donné beaucoup de choses. J’avais beaucoup trop d’objets dont je n’avais pas réellement besoin! J’avais trop de projets aussi, alors j’en ai sélectionné trois et je ne m’autoriserai à en commencer un autre que lorsque l’un des trois sera terminé. 

-Quels sont tes projets?  » demanda la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu.

Et le Grand-homme-aux-yeux-clairs commença à expliquer ses projets. Il semblait à présent totalement détendu et heureux. Il souriait et ses mains mimaient ses paroles. La Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu pouvait voir et sentir la passion qu’il avait pour le travail manuel.  

Ils poursuivirent leur conversation tout en sortant du bar. Ils marchèrent ensemble pendant une heure et la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu demanda encore: 
« -Pourquoi est ce que tu détestes être ici ?

-Je déteste être sur le chemin à cause du voyage, je n’aime pas marcher sur ce chemin et je ne peux pas vraiment dormir la nuit. Et puis, si je décide de rester une journée au même endroit pour me reposer, alors je vais perdre la trace de tous mes nouveau amis. C’est difficile. 

-C’est certain. Pour moi aussi c’est difficile d’accepter de laisser partir devant ou de laisser derrière mes nouveaux amis. Mais cela fait parti du chemin: on ne choisi pas les gens que l’on rencontre et ceux avec qui l’on marche, c’est comme ça. Et puis, tu peux toujours demander les adresses de tes amis.  »

Le silence fut la première réponse du Grand-homme-aux-yeux-clairs. Puis après un certain temps il dit « En fait, je n’ai pas tant d’amis ici… ». La Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu ne compris pas vraiment ce que cette phrase signifiait et continua de marcher. Quelques minutes plus tard, le Grand-homme-aux-yeux-clairs s’arrêta, il dit à la jeune femme qu’il avait envi de faire une pause et qu’elle pouvait continuer à marcher.

Ce soir là, la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu et le Grand-homme-aux-yeux-clairs était dans la même Auberge. C’était un gîte tout neuf, grand, confortable avec une belle cuisine équipée mais le Grand-homme-aux-yeux-clairs semblait si fatigué et tendu que la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu n’essaya pas d’engager la conversation. 

  
Le matin du quarante-deuxième jour, elle s’en alla très tôt et marcha longtemps. Elle parvint à destination assez tôt et pris du temps pour se reposer avant l’arrivée des autres pèlerins. Lorsqu’ils commencèrent à arriver, elle prépara du thé et ils installèrent dans le jardin. La Fille-sympa-aux-cheveux-courts demanda à la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu:

-« Est-ce-que tu connais le Grand-homme-aux-yeux-clairs? 

-Oui, je le connais. J’ai marché avec lui hier. 

-Il a quitté le chemin aujourd’hui. Je ne sais pas vraiment pourquoi mais une chose est sûre il ne pouvait pas bien dormir et il avait l’air fatigué.

-Vraiment? Alors il est parti… »

La Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu était surprise et aussi heureuse pour lui. Elle lui écrivit une note:

« Salut Grand-homme-aux-yeux-clairs, j’ai appris par la Fille-sympa-aux-cheveux-courts que tu avais décidé de quitter le chemin. J’étais un peu triste de réaliser qu’il n’y aurait pas d’autre belle conversation comme celle du café, mais avant tout je suis très heureuse pour toi. La vie est trop courte pour s’infliger de faire des choses que nous détestons faire. Félicitation pour ta décision!  

Tu sais au café j’aurai pu te raconter ceci: depuis que je suis sur le chemin, j’ai réalisé que mon plus grand défi dans ma vie c’est d’être vraiment bienveillante et heureuse avec moi-même. De façon à pouvoir faire rayonner mon bonheur et vivre et partager plus d’Amour avec les gens autour de moi. C’est ce que j’apprends maintenant à faire sur le chemin. 

La vie est un chemin alors je te souhaite un buen, buen camino Grand-homme-aux-yeux-clairs.

La Jeune-Femme-aux-cheveux-de-feu « 



Ce soir là, la Jeune-femme-aux-cheveux-de-feu s’assit dehors et regarda les étoiles dans le ciel. Et moi, je contemplais longtemps le feu de joie qui brûlait dans ses cheveux. 
  

Gratitude

Il y a des lieux et des moments clés pour chacun sur le chemin. Pour moi, la halte d’il y a quelques jours dans le petit village de Zabaltica restera gravé dans ma mémoire.


J’avais décidé de m’arrêter là car je savais que j’y trouverais un donativo. Un donativo est un lieu d’accueil qui repose sur le bénévolat et la participation libre des pèlerins en fonction de leurs moyens.
J’arrivais là bas après une bonne journée de marche à travers de magnifiques paysages d’automne, il faisait beau et chaud. Le donativo se trouve au sommet du village de Zabaldica, dans une belle maison lumineuse qui jouxte l’Eglise. J’y suis accueillie avec mes deux compagnons de marche par une grand monsieur Irelandais: Mickeal. Il nous explique qu’il est hospitalier volontaire dans cette maison avec sa femme Kateleen pour deux semaines. La maison peut accueillir jusqu’à 19 pèlerins, elle appartient à l’Eglise catholique et une petite communauté de 4 sœurs du Sacré Cœur vivent là.


Mickeal nous propose de nous installer, de nous doucher puis nous invite à nous reposer ou aller à la messe avant le souper. Il annonce aussi un temps de partage avec les sœurs et les autres pèlerins après le dîner.
L’endroit est magnifique et paisible, après ma douche je descends vers le jardin, des odeurs délicieuses de nourriture s’échappent de la cuisine oú Kateleen s’affaire . Je m’assieds quelques instants sur la pelouse,face à la vue. J’aperçois Pampelune au loin et je me sens envahie d’une surprenante envie de pleurer. C’est un mélange indescriptible de fatigue et de joie qui m’habitent à cet instant. Je repense à un texto reçu quelques minutes auparavant d’un ami qui me dit toute la chance que j’ai d’être en train de traverser l’Espagne, et à cet instant précis je la mesure pleinement. Je ressens une immense gratitude m’envahir pour tous les kilomètres déjà parcourus, cette belle journée, les rencontres et les leçons du chemin; et surtout le fait d’avoir je temps et de pouvoir choisir où et quand je terminerai mon voyage: Santiago? Finistère?


Le dîner est délicieux, nous sommes nombreux autours de la table et nous nous régalons. Puis vient le temps de partage, quelques soient nos croyances et religions nous sommes accueillis dans l’Eglise par la sœur Marie Ascu. qui parle aussi bien le Français que Suédois. Elle mènera ce temps où justement il est question de gratitude. L’échange et riche et beau, chaque personne explique un peu ce qui l’amène sur le chemin et ce qui lui fait ressentir de la gratitude. On y parle de l’Automne de la vie, de sortir de l’autoroute de la vie pour trouver son propre chemin et d’Amour. Puis les sœurs et les Irlandais disent pour nous une bénédiction, c’est bon d’entendre ces gens nous souhaiter de trouver ce que l’on cherche! Finalement, c’est Mickael qui nous propose de clore ce temps spirituel par un chant en gaélique. Sa voix grave raisonne dans l’église, les pèlerins bien installés dans les couvertures ont des étoiles qui brillent dans les yeux et le sourire aux lèvres. Ici, à Zabaldica, ils ont vécu un temps hors du temps dans l’esprit du chemin. Et moi, j’ai réalisé que j’ai déjà trouvé un peu de ce que j’étais venu cherché.

M-E-R-C-I