La véritable fin de mon chemin de Compostelle

Par ce que je ne pouvais pas finir mon périple au cœur d’une ville. Par ce que je n’ai pas senti que Saint-Jacques-de-Compostelle était l’endroit qui marquait la fin de mon voyage, j’ai continué. J’ai marché pendant trois jours en direction de l’océan, visant tout d’abord Finisterre puis Muxia.

Trois jours pour faire le bilan de mon expérience, pour me préparer à la terminer et à rentrer. Trois jours magiques, à nouveau sur le vrai chemin: fini l’autoroute à pèlerin de la fin du chemin Francès, fini les déchets sur les bords du chemin, fini les graffiti partout!


Pendant trois jours j’ai marché seule dans la magnifique campagne Galicienne, avec quelques rencontres de pèlerins ici et là. Soudain j’étais à nouveau heureuse d’être dans la nature, de marcher du lever au coucher du soleil, de porter les même vêtements tous les jours, de découvrir de nouveaux endroits et paysages! Ce fût l’occasion de rencontrer des pèlerins du tout début de mon chemin en France et de récupérer quelques adresses email. Quelle bonne surprise !

La veille de mon arrivée à Finisterre, je me retrouvais seule dans le petit dortoir de fille d’une auberge très confortable. Malheureusement, je n’ai pas pu en profiter pleinement car j’ai probablement mangé quelque chose de mauvais durant mon déjeuner et je fus malade.

Le jour suivant je me réveillais fatiguée mais j’étais déterminée à marcher jusqu’à Finisterre et peut être à continuer le lendemain jusqu’à Muxia, comme prévu au départ.


Je commençais à marcher tôt, dans la brume matinale. Il y avait une luminosité très particulière et déjà je devinais que ce jour serait aussi spécial que ce lever de soleil. J’avais 28km à parcourir et le chemin montait et descendait tout le long. Pendant que je marchais je revoyais mentalement tous les bons moments de ces deux derniers mois, je souriais et parfois riais en me souvenant certains moments ou certaine situations. Cependant, à un moment je réalisais que mon foulard avait glissé de la poche extérieur de mon sac et que je l’avais perdu. Malgré toute la volonté à appliquer ma leçon récente de laisser-aller, j’étais en colère contre moi-même et cela me fis réaliser à quel point j’étais fatiguée. Je considérais alors la question de terminer mon voyage à Finisterre, sans pouvoir décider.

Aux alentours de midi, j’avais atteint le dernier village avant Finisterre et je commandais une tortilla dans un joli bar. J’achetais aussi un sandwich pour plus tard et je continuais à marcher. Le soleil était haut dans le ciel et plus j’approchais de Finisterre, plus je pensais « Est-ce vrai? Est ce qu’il fait vraiment bon au point de pouvoir nager aujourd’hui ? »

Lorsque j’arrivai sur la plage, je regardai au loin, laissai mon sac sur la plage et me déshabillai. Puis, je couru dans sur la plage déserte, tout droit dans l’océan. Ce fût un très beau moment, je ressenti une joie intense monter en moi, j’étais pleine de gratitude pour cette journée et toute mon aventure.

 

Ensuite, je revins à mon état de pèlerine et grimpai  encore trois kilomètres en direction de la fin de la terre. Quand je l’atteignis, je cherchai un bon endroit sur les rocher, je m’assis et mangeai mon déjeuner tout en regardant l’horizon. Puis, je restai là. Je demeurai assise là pendant cinq heures, simplement à regarder l’océan et l’horizon. J’étais à la fois en paix, heureuse et toute confuse. J’avais besoin de cette pause immobile pour donner à mes jambes le signal que j’allais continuer mon chemin mais sans marcher autant, et désormais ce ne serait plus en direction de l’ouest. J’avais besoin de ce temps pour réaliser que c’était la fin de mon camino.

Je regardais le magnifique coucher de soleil et alors que je m’apprêtais à redescendre vers le village, je rencontrais une française qui me donna ce conseil: « Tu devrais rester ici un jour ou deux, le temps de faire comprendre à ton corps que ton camino est terminé. » Je n’ai pas vraiment compris ce qu’elle voulais dire par là, mais j’ai suivi son conseil et je ne regrette pas!

Pendant les deux jours qui suivirent je profitai du soleil, du bord de mer et des fruits de mer. Je passai du temps avec mes amis du chemin et j’écrivis beaucoup de cartes pour partager à mes amis et ma famille quelques éclats de mon bonheur. Finalement, je me sentie prête à rentrer. J’avais réalisé que j’étais venue à Finisterre pour renaître dans l’océan.

 

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Mon arrivée à Saint-Jacques-de-Compostelle

La veille de mon arrivée à Santiago, je marchais de sept heure du matin à cinq heure du soir sous la pluie. Une pluie qui était bien persistante et mouillante; dans une atmosphère chaude et sans vent. Je marchais seule durant 30km car deux de mes amies du chemin était derrière et la dernière avait une demi journée d’avance sur moi. J’étais très concentrée sur l’instant présent, d’une certaine façon l’appréciais quand même (j’ai pris beaucoup de photos ce jour là) . Je faisais des pauses dans des bars tous les 6 à 8km afin de me sécher un peu  avant de retourner marcher sous la pluie. Le soir, quand j’eu finalement atteins l’auberge, que j’ai eu pris ma douche et trouvé la cuisine je réalisa soudainement « Demain je vais atteindre Santiago, ça y est ! Et ça n’est pas du tout comme j’imaginais! » En effet, j’étais convaincue que je ferais mes derniers kilomètres avec mes amis du chemin. Et puis, des personnes qui avaient déjà fait le chemin, m’avaient dit que l’arrivée à la cathédrale est un moment spécial. Personnellement, je voulais arriver là-bas, déposer mon sac au fond de la cathédrale et embrasser mes amis.

Mais le chemin est le chemin, j’avais commencer seule, alors pourquoi ne pas terminer seule ? …c’est un voyage très personnel après tout. 

Alors le jours suivant, je me levais tôt et marchais rapidement les 20 derniers kilomètres. J’étais pressée de quitter la banlieue de Santiago pour la vieille ville. J’étais pressée de vivre mon moment spécial dans la cathédrale. J’étais pressée de célébrer avec mes amis du chemin. Et aussi, j’ai pressée de rentrer, de voir ma famille et mes amis, d’utiliser mes mains plutôt que mes pieds, d’avoir des temps calme entourée de peu de gens le soir, de changer de vêtements, de mettre une touche de maquillage et de belles boucles d’oreilles…oh oui, je me sentais tellement prête à finir mon voyage! 

Cependant, rien ne se passe comme prévu dans la vie, et mon arrivée à ma cathédrale fût une réelle déception: après avoir tourner autour pour trouver la bonne entrée, je me retrouvais face à une panneau qui disait « sac à dos interdits dans la cathédrale, allez à la consigne, 2€ ». Quoi??? Après tous ces kilomètre, toutes ces églises, chapelles et cathédrales visitées en chemin. Après avoir fait ce geste de pèlerin de centaines de fois, de déposer pour quelques instant « ma maison » dans la maison de Dieu, c’était interdit de le faire dans la cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. 

  
J’étais vraiment déçue et je décidais de ne pas entrer à ce moment. Je préférais donc me trouver un toît pour le soir et revenir à la cathédrale pour la messe de 19h00 et le rituel de l’encens. 

  
C’est donc ainsi que mon vrai moment d’émotion fut à la réception de l’auberge. L’endroit était beau et propre, je pût enfin poser mon sac et l’hospitalier était très accueillant. Lorsqu’il imprima le dernier tampon sur ma credentiale en disant  » Santiago! Oh! Vous avez commencé de loin, quel long voyage. » Les larmes me montèrent aux yeux et je répondus simplement « Ooouui, je saaaiiis et je suis ici, maintenant ». Et bien entendu après cela j’ai profité et célèbre avec mes amis du chemin !

Les joies du chemin 

J’ai apprécié chaque jours passés sur le chemin et je voulais partager les choses qui m’ont procuré le plus de joie pendant ces deux mois. 
  La première chose et sûrement la plus importante pour moi furent les rencontres. Chacune des personnes rencontrées, chaque moments, jours ou semaines partagés m’ont beaucoup apporté. Grace à toutes ces discussions, ces rires, ces chansons je peux dire que j’ai eu un beau chemin!

  Les petits rituels. Pratiquer le yoga seule ou en groupe, partir au petit matin pour voir le lever du soleil, boire une bière avec d’autres pèlerins après une bonne journée de marche ou une tisane le soir avant d’aller me coucher, voici pleins de petits rituels source de joie.

   
Manger! J’ai toujours aimé manger, mais j’ai découvert sur le chemin que j’ai un métabolisme rapide et que j’ai besoin de manger souvent et beaucoup…bonheur! 

Au delà de ça, une de mes plus grandes joies a été de préparer et partager mes repas avec mes compagnons de marche. Chacun achetait quelques ingrédients, cuisinait un plat et à chaque fois c’était un festin! Bien plus délicieux que le menu du pèlerin espagnol qui est très gras (donc difficile à digérer) et en plus on trouve partout le même.  

  
Les retrouvailles. Après plusieurs semaines lorsque par chance mon chemin a recroisé celui d’une personne déjà rencontrée plus tôt alors quelle joie! On échange sur nos expériences, déjà j’entrevois le chemin intérieur parcourut par l’autre depuis notre dernière rencontre et les changements. Et puis on parle aussi de nos connaissances communes sont elles devant, derrière? 
L’inspiration. Lorsque je marche, souvent mes idées deviennent plus claires et plus créatives. C’est bon de sentir les idées fuser pour mon prochain article ou bien d’avoir beaucoup d’envies pour les expériences que je vais faire dans les mois qui viennent!  

 
Marcher dans la nature. L’automne est depuis longtemps ma saison favorite. La nature s’est gorgée de soleil et d’énergie pendant tout l’été et même lorsqu’il fait mauvais je vois le soleil partout : dans les fruits et les feuilles des arbres. Alors quel plaisir d’être chaque jour au grand air et de profiter de chaque moment de la fin de l’été au début de l’hiver ! 

Vos commentaires de lecteurs. Écrire ce blog est pour moi une façon de pratiquer quelque chose que j’aime faire: écrire. Mais c’est aussi un moyen de m’ouvrir plus et être encore plus qui je suis vraiment. Alors quel bonheur de savoir que tel article a fait écho pour telle personne ou qu’un autre article a inspiré quelqu’un. Merci, merci pour vos petits messages et s’il vous plait continuez!!! 

La leçon du chemin III: Les 4 R  

Marcher sur le chemin, c’est aussi apprendre quelques leçons de vie. Voici les principales leçons rencontrées.
Les 4 R: Routine, rituels, rythme et régularité. La routine est un phénomène qui m’a longtemps questionné durant mon voyage et j’ai réalisé que la routine est un état d’esprit. C’est un mode dans lequel on se met, et où l’on agit tel un robot sans réfléchir mais par habitude. Lors de mon voyage il m’est apparu très clair la différence entre routine et rituel car il y avait pleins d’actions que je répétais chaque jours et qui m’étaient importantes et positives telles que mon yoga, me lever tôt pour admirer le lever du soleil, bien me masser les pieds ou boire une tisane avant de dormir. C’est à ça qu’on reconnaît un rituel, c’est effectué consciemment et ça apporte du bien être. 
  
Sur le chemin chacun a son propre rythme et c’est très important de s’y tenir, de ne pas de laisser entraîner par la dynamique du groupe afin de rester connecter à soi-même et de se respecter dans ses besoins et ses limites. Alors parfois je marche 30km, parfois 20km c’est comme je sens! 

Cependant j’ai réalisé que si je ne gardais pas de régularité, alors je me fatiguais. Ce qui est drôle c’est que si je poussais sur mes limites, alors un ou deux jours plus tard j’avais besoin d’un jour de repos. Et par conséquence, le surlendemain je retrouvais sur le chemin des gens dépassés quelques jours auparavant et qui eux marchais régulièrement

La leçon du chemin I – soigner et éviter les tendinites 

Marcher sur le chemin, c’est aussi apprendre quelques leçons de vie. Voici les principales leçons rencontrées.  
Soigner et éviter les tendinites. Je n’avais jamais eu de tendinite de ma vie avant de faire Compostelle. C’est donc par expérience que j’ai appris ce que c’était et surtout qu’il suffisait de boire beaucoup et de s’étirer pour les éviter. Très vite, j’ai adopté la poche d’eau, qui permet de boire sans enlever le sac et j’ai fait attention à boire au moins 3L d’eau par jour (en dessous de cette quantité la douleur revenait).

  

Mon plus grand défi sur le chemin 

      
Mon plus grand défi sur le chemin aura été mon dos fragile. J’ai une scoliose (mon dos est aussi sinueux que l’arbre ci-dessus), j’ai même porté un corset jours et nuits pendant mes années adolescentes, et bien évidement je savais avant de partir que cela représentait un défi. J’avais pris grand soin de ne pas charger mon sac plus que nécessaire. Je m’étais musclé le dos avant de partir et chaque jours sur le chemin j’ai pris soin de faire du yoga. 

MAIS ce qui a vraiment été un challenge pour moi c’est de prendre conscience de ma douleur et de son impact négative sur ma vie. Il m’a fallut apprendre à être infiniment douce et patiente avec moi-même afin de prendre en compte cette douleur et de faire tout de qui était possible pour y mettre fin: demander à un ou une compagnon de route de me masser, m’offrir une heure de massage ou d’ostéopathie, changer de sac à mis-chemin, chercher des auberges avec des cours de yoga, ne pas porter mon sac pendant une journée et faire autant de pauses et d’étirements que nécessaire. Et puis aussi de me pardonner à moi-même pour ne pas avoir anticiper ma douleur parfois. Comme le lendemain de ma séance d’ostéopathie où je n’ai pas du tout pensé à envoyer mon sac par taxi pour ménager mon dos qui avait été manipulé . 

Oui, tout ça paraît tomber sous le sens et évident. Et pourtant je peux vous dire qu’après tant d’années à ignorer mes petites tensions et contractures dorsales, c’est tout un apprentissage que de sortir complètement de ce cercle vicieux. 

Ce qui m’a beaucoup aidé ? Tout d’abord, la patience et mots de mes compagnons de route pour me faire reconnaître mon besoin de repos. Merci Lolita et Jimmy! Mes diverses lectures qui m’encourageait à écouter mon corps toujours plus et mes séances de yoga quotidiennes. 
Je n’ai certainement pas terminé d’apprendre sur cette facette de moi-même mais j’ai beaucoup avancé et j’en suis très heureuse et très très fière. 

Namaste! 

 

* merci à Finja, Sarah, Dalila et Roberto pour la mise en place et la réalisation de cette photo. 

Bientôt arrivée !

     
   Je suis maintenant à quelques jours de mon arrivée à Santiago, et alors que je marche sur un joli chemin de montagne me voici en train de faire le bilan de mon chemin de Compostelle. 

Tout d’abord je me sens prête à le terminer ce chemin. Il me semble qu’après deux mois de marche j’ai vraiment trouvé ce que j’étais venu chercher et plus encore ! Alors il me c’est important de l’écrire pour pouvoir le relire plus tard, dans la course infinie de la vie. Comme il y a beaucoup à écrire, je vais écrire et publier plusieurs petits articles à ce propos. La suite dans le prochaine article,  très bientôt!