La ferme des Roussets

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».

                                                                                                                 Gandhi

Je reviens d’une semaine à la ferme des Roussets, près de St Jean en Royan. Cet endroit je n’y suis pas venue par hasard. Ca fait déjà un moment que je suis de plus ou moins loin l’aventure du collectif Batotopie dont mon frère fait partie. Ces 6 compagnons du réseau REPAS -Réseau d’échanges et pratiques alternatives et solidaires- se sont rencontrés en lors de leur tour de France. Ils s’entendaient bien, partageaient le même rêve et les mêmes valeurs alors ils ont décidé de sauter le pas: former un collectif, mettre leurs revenus en commun, acheter une ferme et des terres et produire des légumes, des céréales, du pain, du miel et des événements culturels.

La Ferme des Roussets, le collectif et le fonctionnement

La ferme des Roussets est composée de 12 hectares de terre, 2 sont dédiées au maraîchage et le restant aux céréales.  C’est aussi un moulin, un fournil, une future miellerie, deux garages et un grand hangar. Et puis la vieille fumière qui sera bientôt transformé en lieu de vente et d’accueil. Il y a bien une maison avec un étage, dont une partie seulement est aménagée en bureau. Le rez de chaussé est composé d’une chambre froide, une future légumerie qui sert pour le moment de cuisine, une pièce commune avec un poêle à bois, une future cuisine qui se construit à vitesse grand V et une salle de bain-buanderie au confort minimum.  Les membres du collectif n’ont donc pas d’habitation dans la ferme, et se sont répartis sur le terrain en yourte ou en caravane et en appartements à St Jean. Le collectif est composé de 2 maraîchers: Annabel et Max, d’un paysan boulanger: Nicolas, d’un apiculteur: Nicolas et de deux animatrices culturelles: Anne et Pascale. Et puis cette année, il y a Matthieu qui a rejoint la bande pour les animations pédagogiques à la ferme. Ils fonctionnent en autogestion: pas de hiérarchie, beaucoup d’écoute, de bienveillance, de communication non-violente et des décisions prises à l’unanimité. Ils mettent tous leurs revenus en commun et s’octroie un salaire de 600 euros par mois. Si il y a du surplus il est réinjecté dans les projets d’aménagement de la ferme. Ils espèrent pouvoir atteindre les 1000 euros de salaire dans quelques années. L’appellation de la Ferme des Roussets regroupe  l’activité agricole : le GAEC des Roussets, l’Apiculture et l’association culturelle Batotopie.

L’Assemblée Générale annuelle

Deux semaines auparavant j’étais venue participer à leur Assemblée Générale et j’avais été frappée par le courage et la dose de confiance qui anime ce petit groupe. Pas évident de présenter les comptes de son activité après à peine un an d’installation! Ici les chiffres ne dépassent que rarement les quelques milliers d’euros, rien à voir avec les bilans mensuels de l’entreprise pour laquelle je travaillais! Il faut expliquer pourquoi pour le moment toutes les activités ne sont pas rentables: la première serre qui s’est envolée, une partie des abeilles décimées par un fongicide le premier été et tout ça debout face à l’assemblée. Une assemblée d’ailleurs très active car curieuse du mode de vie du collectif et qui n’hésite pas à partager expérience, conseils et encouragements. L’échange entre le collectif et l’assemblée est riche en ce dimanche matin brumeux: « Au départ notre volonté était de créer un lieu collectif et de lui donner vie. Ce lieu ne nous appartient pas, il a été acheté grace à nos apports personnels bien sûr mais aussi grace aux apporteurs qui ont achetés des parts. Le but c’est que chacun se sente ici chez lui, est ce que vous vous sentez chez vous? » demande Nicolas le paysan.

Du rêve à la réalité

Du rêve à la réalité il y a bien des compromis, et des défis. «  Le groupe c’est effectivement une force qui permet de concrétiser des projets » m’explique Max. Et les deux Nicolas s’accordent sur le fait que’« Il faut constamment faire des compromis entre notre volonté et ce qui est possible. Par exemple lorsque l’on a débuté le projet on avait une volonté d’entraide entre les différentes activités, en réalité on a pas le temps de s’arrêter au maraîchage pour aller aider à la boulangerie,  à l’apiculture ou à l’animation et inversement. » En effet, depuis que le collectif est installé dans le Royan il a fallu aller décrocher des aides et trouver d’autres revenus pour ne pas reposer uniquement sur ceux incertains des premières années de la ferme. Le duo culturel travaille donc à côté de leur implication dans l’association Batotopie. Ainsi, Anne a décroché un poste d’animatrice à la radio local: Radio Royan.  Pascale a d’une part créé sa propre association d’éducation populaire: Ébullition et d’autre part anime une colonie de vacances sur la ferme l’été.  » Avant on se retrouvait pour faire des temps de jeux et un week-end de détente tous ensemble par an. Maintenant on ne prend plus le temps. » constate Annabel. En effet, tous s’accordent sur le fait que depuis qu’ils ont commencé à vivre leur projet ils ressentent une forte pression de résultat et aussi de manque de temps. Ils ne s’octroient que très peu de vacances, mais ils vivent selon leurs valeurs et c’est une grande fierté.

Une belle intégration locale

Si la réalité est parfois dure pour le collectif, il bénéficie tout de même d’un beau soutien local. En un an et demi, le groupe a réussi son intégration. Ils ne sont ni seuls, ni isolés mais bien soutenus par tous les gens qui croient en leur projet. En fait, il ne se passe pas une journée sans que des visiteurs réguliers ou impromptus viennent donneLes volontaires.jpgr un coup de main ou simplement dire bonjour. La semaine dernière une amie de Pascale est venue l’aider à poser la nouvelle cuisine, Lucas était là pour construire un mur en pierre sèche, Aurélien partageait son précieux savoir-faire de charpentier sur le chantier en cours et Laurent le secondait. Il y a eu aussi Michel venu passé quelques heures au jardin, la visite de Nadia qui avait le désir de jardiner tout en profitant de son amie Annabel ou Zoé qui a débarqué jeudi après-midi pour renforcer l’équipe de chantier. Et bien entendu le vendredi après-midi- jour de vente sur la ferme- les abonnés sont venus collecter leur paniers bio et acheter leur pain pour la semaine. S’intégrer localement ça signifie aussi monter des partenariat locaux. Par exemple Annabel et Max font partie d’un groupe d’entraide maraîchère avec ils partagent une demi-journée de travail  chez les uns et les autres. Un autre exemple est celui de Nicolas qui achète le bois pour son four à pain à une fabrique locale de manche d’outils de jardin. Il produit également du foin pour un collègue qui travaille avec traction animale. Cette fine équipe est donc en train de créer des écosystèmes a échelle locale. Et elle a déjà réussi le pari du vivre ensemble et d’entraide, ce dont elle peut être fière.

Mon expérience à la Ferme des Roussets

J’ai passé la semaine avec Annabel et Nicolas qui vivent dans la yourte en face de la ferme. J’avais investi la « caravane des visiteurs » et j’ai secondé le couple dans leurs activités tout au long de la semaine. Enfin j’ai pu mettre mes mains dans la terre!DSC_0159.JPG En effet je passe les trois premiers jours au maraîchage avec Annabel et Max. C’est l’occasion d’épierrer le champ à côté des serres avant de semer, de repiquer les choux Kales, de rafraîchir les fraises, de récolter les poireaux et le mesclun. Une expérience qui me fait prendre conscience de l’effort physique que représente le métier de maraîcher qui travaille toujours au sol. Ca fait travailler le dos, les genoux , les cuisses; les bras. SerreAvec mon dos fragile, je savais déjà que ce métier n’était pas pour moi, là j’en ai la confirmation. Pourtant je trouve ce métier passionnant, comprendre la terre, son fonctionnement, améliorer les rendements et puis produire des aliments sains, quel beau métier!  Ces quelques jours sont l’occasions de plus discuter avec Annabel, de constater à quelle point sa passion de la terre est grande. Elle la porte et génère une belle énergie en elle. En effet, elle est capable d’enchaîner une journée au jardin et deux heures de danse Africaine! Sans parler de ses cours de violons depuis Septembre. Elle progresse tellement vite, qu’elle est déjà capable de jouer en public avec le groupe folk de Saint Jean… c’est avéré vivre sa passion donne des ailes!

A la ferme c’est du non-stop il y a toujours quelque chose à faire et les seuls moments de
repos sont ceux passés autours d’un bon repas. Ici on boit  de l’eau de source, on mange la production de légumes et de pain. Les midis sont des moments très conviviaux, un temps suspendu ou tout le monde se retrouve pour échanger et se rassasier. Chaque membre du collectif prépare le repas à tour de rôle.On prévoit toujours pour une personne de plus, au cas où un visiteur impromptu ferait son entré. On n’aura jamais été moins de sept à table pendant tout mon séjour! Pour moi ce sont des moments précieux de convivialité et de vivre-ensemble comme je les aime.

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Le jeudi est une journée à part: c’est le jour de la réunion hébdo. Tous les membres du collectif se réunissent à 8h00 et la matinée est consacrée à partager l’avancé des différents projets, les questions, les difficultés et les prises de décisions. Je n’assiste pas à ce temps d’équipe et consacre ma matinée à ébaucher des tracts pour continuer de mobiliser les bonnes volontés autours de leur projet. En fin de matinée on se retrouve tous sur le chantier, dans la poussière et la paille on se dépense un peu après cette matinée statique.

Et puis vient le vendredi, le jour du pain et de la vente. Je me lève à 5h00 du matin pour aller aider Nicolas au fournil. Ce sera une journée de travail continue de douze heures avec trois pauses de 20 à 40 minutes seulement mais j’apprécie la tâche. On pèse, on pétri la pâte, on la plie, on la laisse reposer, on la replie, on pèse et prépare les pains. Il y a tellement de manipulation que lorsque Nicolas travaille seul, il ne porte pas moins de trois tonnes de farine, pâte à pain et pains dans sa journée!

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Avant midi nous préparons 2 fournées de pain (150 kg au totale), et après un repas express c’est l’équipe d’enfournement de la semaine qui vient aider au fournil. « Peu de paysan-boulanger ont la chance de pouvoir réaliser cette opération en équipe «  m’explique fièrement Nicolas. EnfournementC’est  un ballet bien réglé qui s’effectue alors sous mes yeux : Matthieu prépare les plateaux de pain et les couvre de farine, Pascale prépare les deux pains sur les pelles en bois et Nicolas enfourne. Le but de l’opération est d’aller le plus vite possible afin de maintenir une température constante dans le four. Alors vient l’heure de ma troisième pause, cette fois-ci je ne résiste pas à une sieste éclaire dans le canapé…juste dix minute avant la prochaine tournée! Une journée fatigante mais bien plaisante, ça me rappelles mes études et les longues heures au labo mais en mieux puisque à la fin je peux manger du bon pain! DSC_0196.JPG


Pour couronner le tout, samedi est une journée ensoleillée. Pendant qu’Annabel est au marché et Nicolas aux champs, je me sens un peu désœuvrée. Alors je me lance dans le ménage de la cuisine et salle à manger, puis je cuisine un bon repas entre deux lectures de nouvelles au soleil…bonheur! Après le déjeuner j’ai les jambes qui me démangent alors je me mets au défi de monter à la croix en moins de deux heures. J’y étais passé 2 semaines auparavant mais c’est quand même autre chose sous le soleil!

Et puis pour terminer cette semaine en beauté, rien de telle qu’une soirée au bal folk animé par les Faucon Folk, moi qui voulais faire un bal folk longtemps, je suis ravie! 

Lire à propos de la ferme des Roussets

LA VIE n°3682 du 24 au 30 mars 2015-p.8 « Travailler sans trahir ses valeurs »-un article à propos du compagnonnage du réseau repas auquel Annabel à contribué en représentant le collectif.

Carnet d’aquarelle Le Massif du Vercors III d’Alexis Nouailhat-dans ce livre magnifique vous trouverez une double page consacrée à la Ferme des Roussets

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