Deux jours avec Benoît en développement de micro-crédit

Benoît avait effectué un bénévolat de 6 mois en 2010 à Formosa avec Bernadette Caffier, à l’époque c’est elle qui menait le projet de micro-crédit dans la province. Il y a deux ans, il a décidé de prendre sa suite et de développer le réseau. Celui-ci s’appelle « No podemos fracasar » : « Nous ne pouvons pas  échouer », un nom ambitieux dans un pays où l’économie est si fluctuante.  

Comprendre le micro-crédit en une réunion

Ce mardi après-midi, ce sont six femmes du quartier qui viennent se réunir chez Pauline et Benoît, pour la seconde réunion de micro-crédit du mois. Leur groupe s’appelle « Mujeres en marcha »: « Femmes en marche ». Elles s’installent autour de la table, accrochent au mur leur charte, un autre poster avec le mode de fonctionnement  du micro-crédit et, finalement, un immense tableau avec le nom des participantes, les différentes caisses et les indemnités. La réunion suit un ordre très précis : la secrétaire écrit tout dans le cahier de l’équipe, la trésorière ouvre l’une après l’autre les enveloppes qui constituent les  différentes caisses, elle compte les billets, reporte les sommes sur une feuille de suivi et Benoît fait de même de son côté. A la fin, tous les participants signent le cahier et les feuilles de suivi qui seront conservées soigneusement pour les prochaines réunions.

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Groupe des « Femmes en marche »

Il y a trois différentes caisses : la caisse de solidarité, la caisse interne et la caisse d’urgence.

  • Caja solidaria- Caisse de solidarité :La caisse de solidarité sert de « garantie » du crédit accordé par le réseau. Elle permet de soutenir les adhérentes, dans le cas où l’une d’entre elles ne pourrait pas rembourser son crédit. Dans ce cas, sa mensualité est prise en charge par cette caisse, à charge à la personne de rembourser à la fois à la caisse et de payer sa mensualité le mois suivant. Cette caisse requiert une participation de 5 à 10 pesos par mois selon les groupes.
  • Caja de ahorro – Caisse d’épargne : : La caisse de solidarité sert de « garantie » du crédit accordé par le réseau. Elle permet de soutenir les adhérentes, dans le cas où l’une d’entre elles  ne pourrait pas rembourser son crédit. Dans ce cas, sa mensualité est prise en charge par cette caisse, à charge à la personne de rembourser à la fois à la caisse et de payer sa mensualité le mois suivant. Cette caisse requiert une participation de 5 à 10 pesos par mois selon les groupes.
  • Caja de emergencia- caisse d’urgence : cette caisse fonctionne à partir d’un apport de chacun des membres du groupe (soit 5 soit 10 pesos selon les groupes). Elle sert en cas d’urgence pour l’achat de médicaments, payer la facture de gaz ou d’électricité, etc. Ce mois-ci, deux personnes utilisent cette aide. Cela reflète la récente augmentation du coût de l’énergie de +10 % et les factures d’eau et d’électricité soudainement plus élevées.

Sans oublier l’élément de base du micro-crédit : le crédit accordé par le réseau aux participants de chaque groupes. Les emprunts fonctionnent par paliers : la personne emprunte une première fois la somme équivalente au premier palier, soit : 1000 pesos ; si elle la rembourse sans soucis alors elle est autorisée à emprunter la somme du second palier soit : 1500 pesos, et ainsi de suite. L’argent des taux d’intérêts vont au réseau du micro-crédit. Ils seront réinjectés l’année suivante dans un nouveau groupe ou le financement de nouveaux crédits. une nouvelle activité. Le taux d’intérêt de cette caisse est en ce moment très haut : 5%, à cause de l’inflation de ces derniers mois.

Dans ce groupe, une des femmes est couturière et coud de jolis sacs, porte monnaies et étuis de lunettes en simili cuir. Elle a contracté un prêt afin de participer à une formation de couture et apprendre des techniques qu’elle ne maîtrise pas encore.

Voyage dans l’intérieur de la province de Formosa

Ce  jeudi après-midi, Benoît a emprunté la voiture d’un ami et nous roulons sur une route toute droite  depuis déjà deux heures. Le paysage autour est très plat, couvert de champs et ponctué de palmiers et de maisons simples. Nous allons dans l’intérieur de la province à Pozo del Tigre, Ibarreta et Palo Santo, afin de rencontrer quatre autres groupes de micro-crédits. Benoît m’explique que nous avons de la chance d’être en voiture, car au début de son projet il faisait cette excursion de 2 jours en bus. S’il est simple de relier Formosa à chacune de ces villes, c’est nettement moins facile de relier les villes entre elles, du coup il a même tenté le stop !

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Réunions de micro-crédit dans la province

Durant le trajet, Benoît me parle de l’une des réalisations récente du réseau : la participation de certains groupes à un marché artisanal. Il espère par ce biais augmenter l’activité des membres du réseau et aussi, leur faire comprendre que le micro-crédit est une réelle opportunité pour leurs activités principales. En effet, actuellement peu de membres utilisent ce système économique comme un tremplin pour leurs activités professionnelles. Benoît me cite l’exemple réussi d’une boulangère d’Ibarreta, qui débuta en vendant ses pains dans la rue et qui petit à petit, a investi dans un local et un four. Elle a maintenant pignon sur rue. Cependant, de tels exemples se comptent sur les doigts d’une seule main et, Benoît aimerait en encourager beaucoup plus. Pendant ces deux jours, nous ne rencontrerons pas moins de quatre groupes. L’accueil est toujours aussi chaleureux. Il y a parfois des discordes au sein des groupes, mais jusqu’à présent tous les participants ont toujours remboursé 100% de leurs prêts.

Encourager et développer l’agriculture

Dans le réseau de micro-crédit, il y a beaucoup de personnes qui ont des petits commerces (nourriture, snacks, vêtements), mais très peu produisent quelque chose de leurs mains. Pourtant, il y a quelques productions intéressantes : miel, confitures, farine de caroube. Alors, Benoît essaie de mettre en relation les producteurs et les vendeurs, afin de développer leurs activités à travers la province.

C’est dans cet esprit que nous rencontrons Charli, un professeur de biologie passionné par l’agriculture. Il possède un moulin, avec lequel il broie les fruits du caroubier et il travaille au développement de la farine. A Buenos Aires, cette farine a beaucoup de succès dans
les réseaux bio et sans gluten. Il nous explique que la farine produite à Formosa est plus claire et granuleuse que celle que l’on trouve habituellement dans le commerce. En effet, il existe deux  sous-espèces de caroubiers : l’une provient d’Europe et l’autre d’Amérique du Sud et les farines résultant de la transformation de leurs fruits sont en fait différentes. L’une issue de l’arbre européen est effectivement nommée farine de caroube ; tandis que l’autre, issue de l’arbre sud-américain est appelée mesquite. Au niveau du goût, ces deux farines différent également : la farine de caroube a un goût qui se rapproche du cacao

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Benoît en visite chez une productrice de mesquite

et est utilisée comme substitue dans l’industrie agro-alimentaire. Tandis que celle de mesquite a un goût bien moins prononcé. Lorsque Benoît explique qu’il a pris contact avec une épicerie de Formosa et annonce le prix auquel le gérant est prêt à acheter la farine de mesquite, Charli lui répond qu’il espère en tirer un meilleur prix. En effet,  la farine de mesquite a des propriétés plus intéressantes que celles de caroube selon lui : elle contient plus de protéines, dont une protéine absente dans les céréales : la lysine. Il y a encore du travail pour Benoît afin de développer cet axe dans le réseau de micro-crédit mais cette rencontre est prometteuse.

Donner un cadre au réseau de micro-crédit sur le sol Argentin

La dernière réunion auquel j’assiste avant mon départ est celle des futurs membres de l’association argentine du réseau de micro-crédit. En effet, à la base ce réseau est soutenu par des fonds français. Ces deux dernières années, c’est Benoît qui a levé les fonds nécessaires pour la vie du réseau. Mais dans l’optique de pérenniser ce réseau et de le rendre à terme 100% Argentin, Benoît est en train de monter une association en Argentine. De cette façon, le réseau pourra également bénéficier de financements locaux. Monter une association dans ce pays n’est pas une tâche facile, Benoît s’est fait aider d’un ami avocat pour monter le dossier. Depuis, il l’a déposé aux autorités locales et il est dans l’attente de leur accord. Il ignore combien de temps il lui faudra pour l’obtenir mais en attendant il travaille déjà avec la future présidente et la future secrétaire de l’association.

Ainsi depuis deux ans Benoît fait vivre et développe le réseau de micro-crédit de Formosa. Il a effectué des démarches importantes pour sécuriser l’existence du réseau dans le temps et il a ouvert de nouvelles perspectives à certains petits producteurs. Il reste encore du travail pour sa successeuse : Clotilde. Benoît l’a recruté pour son expérience dans domaine social.  De plus, il souhaitait recruter une femme à ce poste. En effet, 90% des membres du réseau sont des femmes qui pendant les treize premières années d’existence du réseau avaient pris l’habitude de se confier à Bernadette. Benoît espère ainsi que Clotilde gagnera la confiance de celles-ci rapidement et continuera de les aider dans leur développement économique avec succès.

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