De Compostelle à Paris…As Salama Aleykoum! 1/3

     Je suis rentrée de Compostelle le 13 Novembre. J’ai passé la frontière entre la France et l’Espagne dans la matinée, et j’ai lu les grands titres dans les journaux. Ils parlaient justement de fermer les frontières. Je ne savais pas pourquoi, je n’ai pas compris. Dans la voiture entre Hendaye et Montpellier, le conducteur du co-voiturage m’a exposé sa vision de l’actualité française et internationale. Il a parlé de la Syrie. Je ne savais pas pourquoi, je n’avais pas suivi l’actualité. Mais son discours m’a étourdi et m’a donné le tournis. Est ce que je rentre bien en France? Celle que je connais? Il me semble que quelque chose a changé.

      Le lendemain matin; lorsqu’au petit déjeuner j’entends les mots « trois attentats », »Paris », « Daech », « plus de cent morts », »Syrie », je ne ressens d’abord rien. Comme si je ne parvenais pas à me connecter à cette réalité. Et oui, après m’être  absentée du monde pendant deux mois, après avoir marché plus d’un millier de kilomètres, je me suis allégée et j’ai fait l’expérience de l’essentiel. J’ai maintenant  le goût de la vie au rythme de la nature, des petits bonheurs, de la simplicité et de prendre le temps; car le temps c’est la garantie de la qualité. Je veux  contribuer à un monde durable et pas à un monde jetable. Paris PeaceAlors en ce matin tragique je réalise pleinement que toute cette violence; tous ces jeux stratégiques liés aux ressources pétrolières et autres; nous en subissons directement les conséquences. Cela créer beaucoup d’agitation, cela nous distrait et nous agite. Cela nous fait générer beaucoup d’énergie, que nous ne mettons pas à nous concentrer sur ce que chacun de nous sait faire au mieux sur cette terre et qui contribue à un monde meilleur. Je suis convaincue qu’il faut continuer de vivre, d’aimer et surtout de répandre la paix autour de nous.

    Et pourtant, pendant les trois jours de deuil national je prenais doucement conscience de la gravité de la situation. Je me suis d’abord sentie totalement impuissante: « En quoi mes actes de citoyenne lambda peuvent influencer de tels événements? ». Puis j’ai eu envie de fuir: « Je ne veux pas de cette agitation, je serai bien mieux à apprendre à cultiver mon potager quelque part en montagne. » Alors j’ai lu, j’ai lu le témoignage d’Erwan, un ancien copain de fac qui était au Bataclan ce soir là. J’ai aussi vu les unes des journaux devenir rapidement toutes rouges. J’ai pu constater que les limites des camps des « bons » et des « méchants » devenaient soudain très claires…trop claires? Lorsque la police a fait sa descente pour arrêter/éliminer les terroristes à quelques rues de chez mon frère, j’ai commencé à sentir la peur s’immiscer en moi. Tout doucement, juste une petite voix frileuse qui murmurait « Es-tu sûre de toujours vouloir aller à Paris la semaine prochaine? Que vas-tu y apporter? Tu prends un risque avec ta vie. »