Deux jours avec Benoît en développement de micro-crédit

Benoît avait effectué un bénévolat de 6 mois en 2010 à Formosa avec Bernadette Caffier, à l’époque c’est elle qui menait le projet de micro-crédit dans la province. Il y a deux ans, il a décidé de prendre sa suite et de développer le réseau. Celui-ci s’appelle « No podemos fracasar » : « Nous ne pouvons pas  échouer », un nom ambitieux dans un pays où l’économie est si fluctuante.  

Comprendre le micro-crédit en une réunion

Ce mardi après-midi, ce sont six femmes du quartier qui viennent se réunir chez Pauline et Benoît, pour la seconde réunion de micro-crédit du mois. Leur groupe s’appelle « Mujeres en marcha »: « Femmes en marche ». Elles s’installent autour de la table, accrochent au mur leur charte, un autre poster avec le mode de fonctionnement  du micro-crédit et, finalement, un immense tableau avec le nom des participantes, les différentes caisses et les indemnités. La réunion suit un ordre très précis : la secrétaire écrit tout dans le cahier de l’équipe, la trésorière ouvre l’une après l’autre les enveloppes qui constituent les  différentes caisses, elle compte les billets, reporte les sommes sur une feuille de suivi et Benoît fait de même de son côté. A la fin, tous les participants signent le cahier et les feuilles de suivi qui seront conservées soigneusement pour les prochaines réunions.

Formosa.jpg

Groupe des « Femmes en marche »

Il y a trois différentes caisses : la caisse de solidarité, la caisse interne et la caisse d’urgence.

  • Caja solidaria- Caisse de solidarité :La caisse de solidarité sert de « garantie » du crédit accordé par le réseau. Elle permet de soutenir les adhérentes, dans le cas où l’une d’entre elles ne pourrait pas rembourser son crédit. Dans ce cas, sa mensualité est prise en charge par cette caisse, à charge à la personne de rembourser à la fois à la caisse et de payer sa mensualité le mois suivant. Cette caisse requiert une participation de 5 à 10 pesos par mois selon les groupes.
  • Caja de ahorro – Caisse d’épargne : : La caisse de solidarité sert de « garantie » du crédit accordé par le réseau. Elle permet de soutenir les adhérentes, dans le cas où l’une d’entre elles  ne pourrait pas rembourser son crédit. Dans ce cas, sa mensualité est prise en charge par cette caisse, à charge à la personne de rembourser à la fois à la caisse et de payer sa mensualité le mois suivant. Cette caisse requiert une participation de 5 à 10 pesos par mois selon les groupes.
  • Caja de emergencia- caisse d’urgence : cette caisse fonctionne à partir d’un apport de chacun des membres du groupe (soit 5 soit 10 pesos selon les groupes). Elle sert en cas d’urgence pour l’achat de médicaments, payer la facture de gaz ou d’électricité, etc. Ce mois-ci, deux personnes utilisent cette aide. Cela reflète la récente augmentation du coût de l’énergie de +10 % et les factures d’eau et d’électricité soudainement plus élevées.

Sans oublier l’élément de base du micro-crédit : le crédit accordé par le réseau aux participants de chaque groupes. Les emprunts fonctionnent par paliers : la personne emprunte une première fois la somme équivalente au premier palier, soit : 1000 pesos ; si elle la rembourse sans soucis alors elle est autorisée à emprunter la somme du second palier soit : 1500 pesos, et ainsi de suite. L’argent des taux d’intérêts vont au réseau du micro-crédit. Ils seront réinjectés l’année suivante dans un nouveau groupe ou le financement de nouveaux crédits. une nouvelle activité. Le taux d’intérêt de cette caisse est en ce moment très haut : 5%, à cause de l’inflation de ces derniers mois.

Dans ce groupe, une des femmes est couturière et coud de jolis sacs, porte monnaies et étuis de lunettes en simili cuir. Elle a contracté un prêt afin de participer à une formation de couture et apprendre des techniques qu’elle ne maîtrise pas encore.

Voyage dans l’intérieur de la province de Formosa

Ce  jeudi après-midi, Benoît a emprunté la voiture d’un ami et nous roulons sur une route toute droite  depuis déjà deux heures. Le paysage autour est très plat, couvert de champs et ponctué de palmiers et de maisons simples. Nous allons dans l’intérieur de la province à Pozo del Tigre, Ibarreta et Palo Santo, afin de rencontrer quatre autres groupes de micro-crédits. Benoît m’explique que nous avons de la chance d’être en voiture, car au début de son projet il faisait cette excursion de 2 jours en bus. S’il est simple de relier Formosa à chacune de ces villes, c’est nettement moins facile de relier les villes entre elles, du coup il a même tenté le stop !

Interior.jpg

Réunions de micro-crédit dans la province

Durant le trajet, Benoît me parle de l’une des réalisations récente du réseau : la participation de certains groupes à un marché artisanal. Il espère par ce biais augmenter l’activité des membres du réseau et aussi, leur faire comprendre que le micro-crédit est une réelle opportunité pour leurs activités principales. En effet, actuellement peu de membres utilisent ce système économique comme un tremplin pour leurs activités professionnelles. Benoît me cite l’exemple réussi d’une boulangère d’Ibarreta, qui débuta en vendant ses pains dans la rue et qui petit à petit, a investi dans un local et un four. Elle a maintenant pignon sur rue. Cependant, de tels exemples se comptent sur les doigts d’une seule main et, Benoît aimerait en encourager beaucoup plus. Pendant ces deux jours, nous ne rencontrerons pas moins de quatre groupes. L’accueil est toujours aussi chaleureux. Il y a parfois des discordes au sein des groupes, mais jusqu’à présent tous les participants ont toujours remboursé 100% de leurs prêts.

Encourager et développer l’agriculture

Dans le réseau de micro-crédit, il y a beaucoup de personnes qui ont des petits commerces (nourriture, snacks, vêtements), mais très peu produisent quelque chose de leurs mains. Pourtant, il y a quelques productions intéressantes : miel, confitures, farine de caroube. Alors, Benoît essaie de mettre en relation les producteurs et les vendeurs, afin de développer leurs activités à travers la province.

C’est dans cet esprit que nous rencontrons Charli, un professeur de biologie passionné par l’agriculture. Il possède un moulin, avec lequel il broie les fruits du caroubier et il travaille au développement de la farine. A Buenos Aires, cette farine a beaucoup de succès dans
les réseaux bio et sans gluten. Il nous explique que la farine produite à Formosa est plus claire et granuleuse que celle que l’on trouve habituellement dans le commerce. En effet, il existe deux  sous-espèces de caroubiers : l’une provient d’Europe et l’autre d’Amérique du Sud et les farines résultant de la transformation de leurs fruits sont en fait différentes. L’une issue de l’arbre européen est effectivement nommée farine de caroube ; tandis que l’autre, issue de l’arbre sud-américain est appelée mesquite. Au niveau du goût, ces deux farines différent également : la farine de caroube a un goût qui se rapproche du cacao

CIMG3812

Benoît en visite chez une productrice de mesquite

et est utilisée comme substitue dans l’industrie agro-alimentaire. Tandis que celle de mesquite a un goût bien moins prononcé. Lorsque Benoît explique qu’il a pris contact avec une épicerie de Formosa et annonce le prix auquel le gérant est prêt à acheter la farine de mesquite, Charli lui répond qu’il espère en tirer un meilleur prix. En effet,  la farine de mesquite a des propriétés plus intéressantes que celles de caroube selon lui : elle contient plus de protéines, dont une protéine absente dans les céréales : la lysine. Il y a encore du travail pour Benoît afin de développer cet axe dans le réseau de micro-crédit mais cette rencontre est prometteuse.

Donner un cadre au réseau de micro-crédit sur le sol Argentin

La dernière réunion auquel j’assiste avant mon départ est celle des futurs membres de l’association argentine du réseau de micro-crédit. En effet, à la base ce réseau est soutenu par des fonds français. Ces deux dernières années, c’est Benoît qui a levé les fonds nécessaires pour la vie du réseau. Mais dans l’optique de pérenniser ce réseau et de le rendre à terme 100% Argentin, Benoît est en train de monter une association en Argentine. De cette façon, le réseau pourra également bénéficier de financements locaux. Monter une association dans ce pays n’est pas une tâche facile, Benoît s’est fait aider d’un ami avocat pour monter le dossier. Depuis, il l’a déposé aux autorités locales et il est dans l’attente de leur accord. Il ignore combien de temps il lui faudra pour l’obtenir mais en attendant il travaille déjà avec la future présidente et la future secrétaire de l’association.

Ainsi depuis deux ans Benoît fait vivre et développe le réseau de micro-crédit de Formosa. Il a effectué des démarches importantes pour sécuriser l’existence du réseau dans le temps et il a ouvert de nouvelles perspectives à certains petits producteurs. Il reste encore du travail pour sa successeuse : Clotilde. Benoît l’a recruté pour son expérience dans domaine social.  De plus, il souhaitait recruter une femme à ce poste. En effet, 90% des membres du réseau sont des femmes qui pendant les treize premières années d’existence du réseau avaient pris l’habitude de se confier à Bernadette. Benoît espère ainsi que Clotilde gagnera la confiance de celles-ci rapidement et continuera de les aider dans leur développement économique avec succès.

Publicités

La ferme des Roussets

« Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ».

                                                                                                                 Gandhi

Je reviens d’une semaine à la ferme des Roussets, près de St Jean en Royan. Cet endroit je n’y suis pas venue par hasard. Ca fait déjà un moment que je suis de plus ou moins loin l’aventure du collectif Batotopie dont mon frère fait partie. Ces 6 compagnons du réseau REPAS -Réseau d’échanges et pratiques alternatives et solidaires- se sont rencontrés en lors de leur tour de France. Ils s’entendaient bien, partageaient le même rêve et les mêmes valeurs alors ils ont décidé de sauter le pas: former un collectif, mettre leurs revenus en commun, acheter une ferme et des terres et produire des légumes, des céréales, du pain, du miel et des événements culturels.

La Ferme des Roussets, le collectif et le fonctionnement

La ferme des Roussets est composée de 12 hectares de terre, 2 sont dédiées au maraîchage et le restant aux céréales.  C’est aussi un moulin, un fournil, une future miellerie, deux garages et un grand hangar. Et puis la vieille fumière qui sera bientôt transformé en lieu de vente et d’accueil. Il y a bien une maison avec un étage, dont une partie seulement est aménagée en bureau. Le rez de chaussé est composé d’une chambre froide, une future légumerie qui sert pour le moment de cuisine, une pièce commune avec un poêle à bois, une future cuisine qui se construit à vitesse grand V et une salle de bain-buanderie au confort minimum.  Les membres du collectif n’ont donc pas d’habitation dans la ferme, et se sont répartis sur le terrain en yourte ou en caravane et en appartements à St Jean. Le collectif est composé de 2 maraîchers: Annabel et Max, d’un paysan boulanger: Nicolas, d’un apiculteur: Nicolas et de deux animatrices culturelles: Anne et Pascale. Et puis cette année, il y a Matthieu qui a rejoint la bande pour les animations pédagogiques à la ferme. Ils fonctionnent en autogestion: pas de hiérarchie, beaucoup d’écoute, de bienveillance, de communication non-violente et des décisions prises à l’unanimité. Ils mettent tous leurs revenus en commun et s’octroie un salaire de 600 euros par mois. Si il y a du surplus il est réinjecté dans les projets d’aménagement de la ferme. Ils espèrent pouvoir atteindre les 1000 euros de salaire dans quelques années. L’appellation de la Ferme des Roussets regroupe  l’activité agricole : le GAEC des Roussets, l’Apiculture et l’association culturelle Batotopie.

L’Assemblée Générale annuelle

Deux semaines auparavant j’étais venue participer à leur Assemblée Générale et j’avais été frappée par le courage et la dose de confiance qui anime ce petit groupe. Pas évident de présenter les comptes de son activité après à peine un an d’installation! Ici les chiffres ne dépassent que rarement les quelques milliers d’euros, rien à voir avec les bilans mensuels de l’entreprise pour laquelle je travaillais! Il faut expliquer pourquoi pour le moment toutes les activités ne sont pas rentables: la première serre qui s’est envolée, une partie des abeilles décimées par un fongicide le premier été et tout ça debout face à l’assemblée. Une assemblée d’ailleurs très active car curieuse du mode de vie du collectif et qui n’hésite pas à partager expérience, conseils et encouragements. L’échange entre le collectif et l’assemblée est riche en ce dimanche matin brumeux: « Au départ notre volonté était de créer un lieu collectif et de lui donner vie. Ce lieu ne nous appartient pas, il a été acheté grace à nos apports personnels bien sûr mais aussi grace aux apporteurs qui ont achetés des parts. Le but c’est que chacun se sente ici chez lui, est ce que vous vous sentez chez vous? » demande Nicolas le paysan.

Du rêve à la réalité

Du rêve à la réalité il y a bien des compromis, et des défis. «  Le groupe c’est effectivement une force qui permet de concrétiser des projets » m’explique Max. Et les deux Nicolas s’accordent sur le fait que’« Il faut constamment faire des compromis entre notre volonté et ce qui est possible. Par exemple lorsque l’on a débuté le projet on avait une volonté d’entraide entre les différentes activités, en réalité on a pas le temps de s’arrêter au maraîchage pour aller aider à la boulangerie,  à l’apiculture ou à l’animation et inversement. » En effet, depuis que le collectif est installé dans le Royan il a fallu aller décrocher des aides et trouver d’autres revenus pour ne pas reposer uniquement sur ceux incertains des premières années de la ferme. Le duo culturel travaille donc à côté de leur implication dans l’association Batotopie. Ainsi, Anne a décroché un poste d’animatrice à la radio local: Radio Royan.  Pascale a d’une part créé sa propre association d’éducation populaire: Ébullition et d’autre part anime une colonie de vacances sur la ferme l’été.  » Avant on se retrouvait pour faire des temps de jeux et un week-end de détente tous ensemble par an. Maintenant on ne prend plus le temps. » constate Annabel. En effet, tous s’accordent sur le fait que depuis qu’ils ont commencé à vivre leur projet ils ressentent une forte pression de résultat et aussi de manque de temps. Ils ne s’octroient que très peu de vacances, mais ils vivent selon leurs valeurs et c’est une grande fierté.

Une belle intégration locale

Si la réalité est parfois dure pour le collectif, il bénéficie tout de même d’un beau soutien local. En un an et demi, le groupe a réussi son intégration. Ils ne sont ni seuls, ni isolés mais bien soutenus par tous les gens qui croient en leur projet. En fait, il ne se passe pas une journée sans que des visiteurs réguliers ou impromptus viennent donneLes volontaires.jpgr un coup de main ou simplement dire bonjour. La semaine dernière une amie de Pascale est venue l’aider à poser la nouvelle cuisine, Lucas était là pour construire un mur en pierre sèche, Aurélien partageait son précieux savoir-faire de charpentier sur le chantier en cours et Laurent le secondait. Il y a eu aussi Michel venu passé quelques heures au jardin, la visite de Nadia qui avait le désir de jardiner tout en profitant de son amie Annabel ou Zoé qui a débarqué jeudi après-midi pour renforcer l’équipe de chantier. Et bien entendu le vendredi après-midi- jour de vente sur la ferme- les abonnés sont venus collecter leur paniers bio et acheter leur pain pour la semaine. S’intégrer localement ça signifie aussi monter des partenariat locaux. Par exemple Annabel et Max font partie d’un groupe d’entraide maraîchère avec ils partagent une demi-journée de travail  chez les uns et les autres. Un autre exemple est celui de Nicolas qui achète le bois pour son four à pain à une fabrique locale de manche d’outils de jardin. Il produit également du foin pour un collègue qui travaille avec traction animale. Cette fine équipe est donc en train de créer des écosystèmes a échelle locale. Et elle a déjà réussi le pari du vivre ensemble et d’entraide, ce dont elle peut être fière.

Mon expérience à la Ferme des Roussets

J’ai passé la semaine avec Annabel et Nicolas qui vivent dans la yourte en face de la ferme. J’avais investi la « caravane des visiteurs » et j’ai secondé le couple dans leurs activités tout au long de la semaine. Enfin j’ai pu mettre mes mains dans la terre!DSC_0159.JPG En effet je passe les trois premiers jours au maraîchage avec Annabel et Max. C’est l’occasion d’épierrer le champ à côté des serres avant de semer, de repiquer les choux Kales, de rafraîchir les fraises, de récolter les poireaux et le mesclun. Une expérience qui me fait prendre conscience de l’effort physique que représente le métier de maraîcher qui travaille toujours au sol. Ca fait travailler le dos, les genoux , les cuisses; les bras. SerreAvec mon dos fragile, je savais déjà que ce métier n’était pas pour moi, là j’en ai la confirmation. Pourtant je trouve ce métier passionnant, comprendre la terre, son fonctionnement, améliorer les rendements et puis produire des aliments sains, quel beau métier!  Ces quelques jours sont l’occasions de plus discuter avec Annabel, de constater à quelle point sa passion de la terre est grande. Elle la porte et génère une belle énergie en elle. En effet, elle est capable d’enchaîner une journée au jardin et deux heures de danse Africaine! Sans parler de ses cours de violons depuis Septembre. Elle progresse tellement vite, qu’elle est déjà capable de jouer en public avec le groupe folk de Saint Jean… c’est avéré vivre sa passion donne des ailes!

A la ferme c’est du non-stop il y a toujours quelque chose à faire et les seuls moments de
repos sont ceux passés autours d’un bon repas. Ici on boit  de l’eau de source, on mange la production de légumes et de pain. Les midis sont des moments très conviviaux, un temps suspendu ou tout le monde se retrouve pour échanger et se rassasier. Chaque membre du collectif prépare le repas à tour de rôle.On prévoit toujours pour une personne de plus, au cas où un visiteur impromptu ferait son entré. On n’aura jamais été moins de sept à table pendant tout mon séjour! Pour moi ce sont des moments précieux de convivialité et de vivre-ensemble comme je les aime.

a table.jpg

Le jeudi est une journée à part: c’est le jour de la réunion hébdo. Tous les membres du collectif se réunissent à 8h00 et la matinée est consacrée à partager l’avancé des différents projets, les questions, les difficultés et les prises de décisions. Je n’assiste pas à ce temps d’équipe et consacre ma matinée à ébaucher des tracts pour continuer de mobiliser les bonnes volontés autours de leur projet. En fin de matinée on se retrouve tous sur le chantier, dans la poussière et la paille on se dépense un peu après cette matinée statique.

Et puis vient le vendredi, le jour du pain et de la vente. Je me lève à 5h00 du matin pour aller aider Nicolas au fournil. Ce sera une journée de travail continue de douze heures avec trois pauses de 20 à 40 minutes seulement mais j’apprécie la tâche. On pèse, on pétri la pâte, on la plie, on la laisse reposer, on la replie, on pèse et prépare les pains. Il y a tellement de manipulation que lorsque Nicolas travaille seul, il ne porte pas moins de trois tonnes de farine, pâte à pain et pains dans sa journée!

DSC_0179

Avant midi nous préparons 2 fournées de pain (150 kg au totale), et après un repas express c’est l’équipe d’enfournement de la semaine qui vient aider au fournil. « Peu de paysan-boulanger ont la chance de pouvoir réaliser cette opération en équipe «  m’explique fièrement Nicolas. EnfournementC’est  un ballet bien réglé qui s’effectue alors sous mes yeux : Matthieu prépare les plateaux de pain et les couvre de farine, Pascale prépare les deux pains sur les pelles en bois et Nicolas enfourne. Le but de l’opération est d’aller le plus vite possible afin de maintenir une température constante dans le four. Alors vient l’heure de ma troisième pause, cette fois-ci je ne résiste pas à une sieste éclaire dans le canapé…juste dix minute avant la prochaine tournée! Une journée fatigante mais bien plaisante, ça me rappelles mes études et les longues heures au labo mais en mieux puisque à la fin je peux manger du bon pain! DSC_0196.JPG


Pour couronner le tout, samedi est une journée ensoleillée. Pendant qu’Annabel est au marché et Nicolas aux champs, je me sens un peu désœuvrée. Alors je me lance dans le ménage de la cuisine et salle à manger, puis je cuisine un bon repas entre deux lectures de nouvelles au soleil…bonheur! Après le déjeuner j’ai les jambes qui me démangent alors je me mets au défi de monter à la croix en moins de deux heures. J’y étais passé 2 semaines auparavant mais c’est quand même autre chose sous le soleil!

Et puis pour terminer cette semaine en beauté, rien de telle qu’une soirée au bal folk animé par les Faucon Folk, moi qui voulais faire un bal folk longtemps, je suis ravie! 

Lire à propos de la ferme des Roussets

LA VIE n°3682 du 24 au 30 mars 2015-p.8 « Travailler sans trahir ses valeurs »-un article à propos du compagnonnage du réseau repas auquel Annabel à contribué en représentant le collectif.

Carnet d’aquarelle Le Massif du Vercors III d’Alexis Nouailhat-dans ce livre magnifique vous trouverez une double page consacrée à la Ferme des Roussets

Envie de soutenir la Ferme des Roussets?

Cliquez sur la photo ci-dessous et n’hésitez pas à poser vos questions dans les commentaires de cet article! Merci pour eux.

DSC_0147

Escapade littéraire

« On a tous un bout de monologue dans la peau. Il faut le donner aux autres, même si l’on s’en méfie. »  Georges Perros

Etre en mouvement tout le temps. Chez les uns, chez les autres. Tantôt en ville, tantôt à la campagne. Vivre avec ma valise ou mon sac à dos. Et aller de l’avant, encore et toujours. C’est le creux de l’hiver et bien qu’il ne fasse pas très froid, je constate que je me suis laissée envahir par la grisaille de cette saison. Je ne parviens plus vraiment à écrire. Je ne sais plus trop comment planifier la suite de mon année. Je commence à sentir le besoin de poser un peu mes valises dans un « chez moi » bien à moi. Heureusement cette semaine j’avais prévu un petit séjour à Paris. Rien de mieux pour retrouver un peu de souffle et d’inspiration !

DSC_0163

Il fait beau et sec, j’ai de la chance. Je marche de Châtelet à la fontaine St Michel le nez au IMG_3319vent, les yeux dans le ciel. Je m’étonne comme à chacun de mes passages, de la beauté de cette ville où pourtant je ne me vois pas habiter. En attendant l’heure de l’apéritif, je décide d’aller fureter chez Gibert Jeune et au Vieux Campeur. Grave erreur pour mon porte-monnaie : je craque complètement et j’en ressors avec pas moins de 5 livres et un matelas gonflable ultra léger pour une éventuelle prochaine randonnée même pas planifiée. Mais bon qu’à cela ne tienne, c’est une constante cette année je dépense des sous  à lire et voyager !

Vers 19H, j’ai rendez-vous avec l’Ecriture Factory dans la belle librairie de Gallimard. Les écrivains en herbe, se mêlent aux professionnels et aux éditrices. C’est bien internet, mais cela ne remplacera jamais une véritable rencontre. Devant un écran, je me sens comme aveugle ou anosmique :je ne peux pas me servir de mes sens pour découvrir mon interlocuteur/interlocutrice. Alors je suis heureuse de rencontrer Sonia Racheline  qui me guide et me  fait travailler depuis quelques semaines. J’ai aussi beaucoup de plaisir à échanger avec les autres élèves. Leur faire part de mes questions sur le travail de l’écriture et réaliser à quel point les dernier exercices sont un challenge pour moi : il me faut couper et recouper mes phrases pour garder uniquement le message essentiel. Cependant si il y a bien une chose que j’aime faire lorsque j’écris  c’est trouver les bon mots pour insuffler de la musique et du rythme dans mes phrases. J’aime bien faire résonner les mots entre eux pour que la lecture soit fluide et entraîne le lecteur dans le flot des phrases et des paragraphes.  Heureusement sur mon blog je fais ce qu’il me plait !

IMG_3321

Aux côté d’Anita Coppet et de Sonia Racheline, Véronique Le Normand nous partage deux textes de son maître en écriture : Georges Perros. Joli moment de partage, où chacun écoute attentif à l’appel du partage des mots.

« L’avarice c’est de ne pas vouloir écrire dans une lettre ce qu’on garde pour un livre possible. »  Georges Perros

Puis après quelques heures, la librairie ferme ses portes. Je me retrouve sur le trottoir, dans la nuit de Paris. Il est vingt et une heure trente.  Ai-je assez de temps ? Ils sont surement en retard…Et puis zut, je ne veux pas manquer ça ! Je suis trop curieuse et c’est l’occasion ou jamais ! Prendre le métro. Changer trois fois. Passer les arrêts Richard Lenoir et Breguet Sabin. Avoir une pensée pour mes années facs et ma grande amie Gégé. Courir encore jusqu’au restaurant, et entrer dans la pièce bondée et surchauffée. Suis-je au bon endroit ? Oui c’est bien là. Découvrir avec plaisir qu’ils sont en retard et qu’elle lira après la pause. Sortir respirer l’air frais. Ouvrir mon portable et recevoir de bonnes nouvelles d’Anita en Argentine. Relever la tête et croiser son regard à travers la fenêtre. « On reprend maintenant ». M’installer au comptoir. Ignorer ma faim et me régaler de la lecture de Frédérique Deghelt. Elle dévoile généreusement un long passage de son roman en cours d’écriture : Libertango. Son texte me parle et me touche. C’est la rencontre d’un jeune homme avec un musicien Argentin. La première personne à l’accepter tel qu’il est : handicapé. Il est question de trouver un sens à sa vie, de pratiquer son propre art et de le faire tel que l’on est : imparfait. Comme toujours j’aime le rythme, la musique et la sensibilité qui s’échappent des mots de Frédérique. Je me sens portée. Ecriture, Argentine, inspiration. Il est temps d’acheter mes billets d’avion pour Buenos Aires !

DSC_0659

Le mardi soir, c’est avec un écrivain d’un autre type que j’ai rendez-vous. Il s’agit de Bernard Ollivier, un marcheur au long cours qui a écrit trois beaux livres relatant sa longue marche sur la route de la soie. Je ne l’ai découvert que très récemment, à travers l’association SEUIL. Il a créé cette association après avoir marché sur le chemin de Compostelle. Il était persuadé qu’envoyer des jeunes en rupture sociale marcher quelques mois sur le chemin en compagnie d’un éducateur serait la meilleure façon de les aider. Une belle initiative qui m’a poussé à le contacter. Finalement il est en retard et plutôt pressé alors je n’aurais qu’une demi-heure pour lui poser toutes mes questions. Je suis un peu déçue mais la rencontre en valait la peine. Il m’a apporté des éléments importants pour mon article en cours, surtout car il a contredit une de mes idées de bases. Rien de tel pour avancer !

Bernard Ollivier

                                                   cc réseau des médiathèques de Clamart

Deux semaines au domaine de Bayssac

     Faire de nouvelles expériences et être inspirée par de nouvelles rencontres voilà deux choses très importantes pour moi cette année. Au Domaine de Bayssac, chez Sylvie et Philippe, je ne suis pas déçue!

IMG_3265

      Dans cette maison je vis au grès des activités de rangement, de jardinage et cuisine, en échange du gîte et du couvert. Le reste du temps, je me concentre sur l’écriture: mon blog, mes exercices de l’atelier d’écriture et mon article du moment.

IMG_3286

    Petit à petit je découvre un peu plus qui sont mes hôtes. Je suis dans une maison d’artistes et d’entrepreneurs. Sylvie est une ancienne danseuse-chorégraphe. Lorsqu’elle a arrêté de danser elle a repris des études en philosophie, et maintenant elle passe une qualification à l’université de Montpellier pour diriger des ateliers d’écriture. Elle donne déjà trois ateliers par semaine qui ont beaucoup de succès. Sans oublié qu’elle est aussi chanteuse de chant lyrique. Quand à Philippe, il est pianiste professionnel et donne des cours de piano au conservatoire. Ensemble ils ont acheté le domaine de Bayssac il y a dix ans, dans le but d’accueillir chaque été des stages de musique. Maintenant le projet a évolué et ils accueillent non seulement des stages de musique mais aussi des vacanciers et dès l’été prochain des stages d’écriture. Les journées sont donc rythmées par les gammes, les vocalises, les répétitions, pour le plus grand bonheur de mes oreilles.

   Le domaine est immense. Petit à petit, ils ont rénové la maison, abattu les pins; dégagé les châtaigniers, aménagé un parcours découverte qui mène jusqu’à la rivière et créé un potager et un verger. J’admire leur projet et ce qu’ils ont été capable de réaliser.

   Des bons moments dans ce lieu paisible, j’en compte déjà beaucoup. Il y a eut la rencontre de Chloé et Chéchek (Tchetcheque pour la prononciation française), un couple franco-polonais qui voyage en Europe en van aménagé . Ensemble nous nous sommes essayé à l’atelier d’écriture de Sylvie, qui nous a occupé pendant toute une fin de journée.

DSCN3831

    J’aime également les ballades avec mes nouveaux compagnons de rando: Toby et Petit-Monsieur, deux magnifiques et très intelligents Border Collie. Ce sont de grands joueurs très affectueux, qui ne demandent qu’à courir après la balle.

dogs

   Et puis, il y a les week-ends avec les visites des grand-parents, des enfants et petits-enfants. Les grandes tablées, les apéro-concerts où toutes les générations se succèdent au piano. Moi qui adore les ambiances familiale, j’étais comme un poisson dans l’eau.

   Cette semaine j’ai accueilli un nouveau cru de volontaires. Un couple de Suisse Anne-Catherine et Raphaël, et une allemande: Nicola. Anne-Catherine et Raphaël sont de retour en Europe après 6 mois de voyage en Amérique latine. Ils en sont revenu avec un projet de maraîchage et d’élevage d’insectes pour se nourrir. En voilà, un projet original et intéressant!